Auto-assurage : un accident mortel au Luxembourg

Le 2 juin dernier, vers 20 h, un grimpeur de 37 ans a perdu la vie après une chute d’environ 7,5 mètres (25 pi) au RedRock Climbing Center, une salle d’escalade de Soleuvre, dans le sud du Luxembourg. Selon Luc Kohnen, l’un des cofondateurs de l’établissement ouvert depuis 2018, il s’agissait du premier accident de ce type survenu dans cette salle. La victime, dont l’identité n’a pas été rendue publique, était un client régulier qui pratiquait la moulinette et l’auto-assurage, et avait suivi la formation habituelle sur l’utilisation de ces appareils.

L’auto-assureur en cause, un modèle allemand de marque TOPPAS, fonctionnait normalement et la salle affichait de nombreuses indications sur la façon de s’y attacher correctement. Le problème serait plutôt venu d’une erreur du grimpeur: au lieu de fixer le mousqueton de l’appareil à son point d’ancrage principal, il l’aurait accroché à l’une des boucles porte-matériel de son harnais. Sous la mise en charge, cette boucle se serait arrachée, provoquant la chute de l’homme depuis environ la moitié d’une paroi de 15 mètres jusqu’au sol en béton, non protégé par des tapis. Selon le rapport de la police luxembourgeoise, la victime a reçu des soins sur les lieux avant d’être transportée à l’hôpital, où elle est décédée de ses blessures peu après minuit.

Ce genre d’erreur n’a rien d’exceptionnel. Selon la Climbing Wall Association (CWA), la grande majorité des accidents liés aux auto-assureurs s’expliquent par une erreur humaine plutôt que par une défaillance de l’équipement. Une étude menée de 2015 à 2023 par la Fédération norvégienne d’escalade a d’ailleurs constaté une hausse constante du nombre de grimpeurs ne s’attachant pas correctement, jusqu’à une vingtaine de cas répertoriés en une seule année dans les salles du pays. Ce nombre a toutefois chuté en 2024, après l’adoption de nouvelles consignes nationales, notamment l’usage de mousquetons à ouverture rectangulaire plutôt que triangulaire et l’élimination de tout point d’accroche pouvant être confondu avec le bon point d’ancrage.

On pourrait croire que seuls les grimpeurs inexpérimentés commettent ce genre d’erreur, mais l’histoire de l’escalade démontre le contraire : plusieurs figures reconnues du milieu ont péri ou ont été gravement blessées à cause d’un moment d’inattention semblable, qu’il s’agisse d’un rappel mal terminé, d’un nœud d’encordement bâclé ou d’un mauvais point d’accrochage. Le problème fondamental de l’auto-assurage est qu’il élimine la redondance des regards : en cordée traditionnelle, un partenaire peut repérer une erreur avant le départ, alors qu’un grimpeur seul sur un auto-assureur n’a personne pour vérifier son installation. Dans le cas du Luxembourg, la salle était bondée au moment de l’accident, mais la victime grimpait sans compagnon pouvant remarquer l’erreur.

C’est cette absence de filet de sécurité intermédiaire qui distingue les auto-assureurs des autres dispositifs de protection en salle : il n’existe pas de marge d’erreur partielle, c’est tout ou rien. Soit le système retient adéquatement le grimpeur, soit celui-ci chute jusqu’au sol. Cette caractéristique, combinée à la simplicité d’utilisation qui rend l’auto-assurage si accessible et populaire, en fait potentiellement l’un des équipements les plus risqués d’une salle d’escalade — un danger qui ne peut être réduit que par une vigilance personnelle constante, peu importe le niveau d’expérience du grimpeur.

Adapté et résumé à partir de reportages en anglais sur l’accident survenu au RedRock Climbing Center.

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