Bilan d’Olivier Turgeon et Loïck Martel-Magnan

Voici une entrevue avec Olivier Turgeon et Loïck Martel-Magnan, suite à leur fructueux voyage en Europe. Propos recueillis par Ian Bergeron. Photos et texte: Olivier Turgeon et Loïck Martel-Magnan

Olivier Turgeon et son fils Octave

Olivier Turgeon et son fils Octave

OLIVIER TURGEON

EQ: Tu es parti plusieurs mois je pense, quels crags (et dans quel pays) as-tu visités?

Je suis parti avec ma famille pendant un peu plus de 2 mois, soit 70 jours. Nous avons grimpé exclusivement en Espagne. Nous avons visité Siurana, Montsant, Margalef, Terradets et Chulilla.

EQ: Lequel as-tu préféré et pourquoi?

Sérieusement, c’est impossible de décider. C’était ma première visite en Espagne et j’ai été grandement impressionné par la diversité d’escalade qu’offraient ces 5 crags. Chacun avait ses particularités! Je retiens que

Siurana est le paradis des crimps,
Monsant est le paradis des pochettes (voies d’endurance),
Margalef est un autre paradis des pochettes (voies bloc)
Terradets est le paradis des colonnettes,
Et Chulilla est un heureux mélange de ces 4 derniers paradis! 🙂

Olivier dans Mal de Isla (5.14a)

Olivier dans Mal de Isla (5.14a)

EQ: Loïck et toi étiez-vous ensemble? Si oui, comment était la dynamique? Toi jeune papa et Loïck, sans enfants?

J’ai toujours pensé que j’avais beaucoup d’énergie, mais à côté de Loïck, j’ai l’air d’un papi sur la camomille. Disons que le jeune a de l’énergie à revendre, alors c’était impossible de faire autant de voies que lui dans une journée! Des fois on se levait un peu « poqués » après une nuit difficile, et parfois on devait gérer une crise ou une montée de fièvre. Cette réalité de parents fait qu’on est parfois un peu moins « focus » sur l’escalade qu’on voudrait l’être. Par contre, Loïck est un grimpeur extrêmement motivé et donc extrêmement motivant. La dynamique était extra!
S’il y a un seul point négatif à grimper avec Loïck, c’est qu’il est quasi impossible de travailler une voie avec lui! En effet, il enchaîne les voies tellement rapidement qu’on n’a pas beaucoup de temps pour partager des séquences! ☺ Ceci dit, j’ai beaucoup appris à le regarder aller. Son approche plus systématique dans le premier essai dégaine par dégaine est très efficace (pour lui en tout cas!)

Les deux mousquetaires et demi!

Les deux mousquetaires et demi!

EQ: Comment as-tu concilié grimpe/famille?

Quand Cat et moi avons décidé de partir en voyage d’escalade, il a fallu qu’on trouve une façon de pouvoir grimper et accomplir nos devoirs de parents responsables tout en ayant du plaisir! Avoir à apporter plus de matériel à la paroi (petit parc, nourriture, jeux pour bébé, etc.) est assez facile à accepter. Mais à deux, la gestion d’un bébé à la paroi peut demander beaucoup de « lâcher prise ».

Grimper à trois, c’est donc l’idéal lorsqu’on voyage avec un bébé. De cette façon, tout le monde peut grimper sans avoir à se soucier de régler une urgence bébé en plein milieu d’une voie. Disons qu’on grimpe l’esprit en paix.

EQ: Tu as sendé beaucoup de grosses voies. Peux-tu me donner ton top 5 et me dire pourquoi chacune s’y retrouve (dans ton top 5).

Mal de isla (8b+): C’est une superbe voie assez diversifiée et aussi une belle réalisation pour le voyage.
Formula weekend (8a+) est une des plus belles voies que j’ai faite dans mon voyage. Quand j’ai réussi cette voie, j’ai senti que j’étais prêt à essayer des voies plus difficiles.
La Mosca Collonera est un magnifique 8a avec des pochettes du début à la fin. J’ai enchaîné la voie jusqu’au premier relais, ce qui constitue un 7c+, mais je ne suis pas arrivé à faire le 8a. Même les voies qu’on ne réussit pas peuvent être les plus belles!
La Polonaise (8b) et l’Espagnole totale (8b) à Kamouraska sont deux superbes voies que j’ai eu la chance de grimper cet été. J’avais « négocié » avec Catherine de pouvoir aller grimper à l’extérieur une journée par semaine. J’ai fait l’aller-retour à Kamouraska souvent avec Martin Vézina (lui aussi papa-grimpeur!) en tirant le maximum de chacune des minutes tout en me rappelant la chance que j’avais d’avoir une blonde qui comprenait mon besoin de grimper. C’était d’autant plus un sacrifice pour elle qui ne pouvait pas encore grimper au début suite à son accouchement…

Oliver dans Mal de Isla (5.14a)

Oliver dans Mal de Isla (5.14a)

EQ: Élabore aussi sur ta favorite, celle au top du top.

Je pense que je n’ai pas de voie au top de mon top 5. Sinon, Mal de Isla pour l’accomplissement. (Loïck décrit déjà assez bien la voie!) Je l’ai enchaînée au premier essai de la journée sans m’être réchauffé avant, ce qui est une première pour moi. J’ai toujours eu l’habitude de me réchauffer, mais avec un bébé, les essais sont comptés! J’ai donc dû apprendre à me réchauffer en faisant deux-trois tractions sur une branche d’arbre et une traverse sur le bas de la paroi…

EQ: Le retour au Québec n’est pas trop déprimant? Des projets pour les prochains mois?
Je suis rarement déprimé en revenant de voyage. En fait, souvent ma motivation pour m’entraîner est à son plus fort en revenant de voyage. Je fais une rétrospective de mon voyage et je focusse sur les points à améliorer. Je retourne au travail et à l’entraînement pour potentiellement partir à Rocklands à l’été 2016!

EQ: D’autres impressions sur ton périple? La bouffe, des rencontres mémorables, n’importe quoi qui t’a marqué?

Les tapas! Miam! On a aussi rencontré un couple de Canadiens en voyage de noces, Alex Quiring et Kate Johnson. Nous avons finalement passé près de la moitié du voyage ensemble. Parfois les rencontres les plus simples sont les plus mémorables! Ce qui m’a le plus marqué est que Loïck peut enchainer les 8a+ plus vite que je peux faire le cube Rubik!

Loïck Martel-Magnan

Loïck Martel-Magnan

LOÏCK MARTEL-MAGNAN

EQ: Tu es parti plusieurs mois je pense, quels crags (et dans quel pays) as-tu visité?

J’ai voyagé pendant un total de 5 mois et demi. J’ai commencé mon voyage à Rodellar, en Espagne. Les voies là-bas sont assez surplombantes et très physiques. On s’est ensuite déplacé en France, où j’ai pu grimper aux Gorges du Tarn, et à Céuse. Par la suite, j’ai passé plus d’un mois à Kalymnos, en Grèce pour finalement passer les deux derniers mois à voyager en Espagne: Siurana, Margalef, Montsant, Terradets et Chulilla.

EQ: Lequel as-tu préféré et pourquoi?

Je trouve ça difficile de répondre à cette question, car chaque site d’escalade a son style. Par contre, j’ai un coup de coeur pour Kalymnos, car l’ambiance était vraiment géniale : grimper des voies de 60m dans une grotte remplie de stalactites, manger un “Greek Menu”, boire une Mythos sur le bord de la piscine après une grosse journée d’escalade, aller pêcher des pieuvres au harpon. Tout ça, additionné à la température exceptionnelle, fait de Kalymnos un détour obligé pour un grimpeur!

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EQ: Olivier et toi étiez-vous ensemble? Si oui, comment était la dynamique. Surtout qu’Olivier est un jeune papa.

J’ai passé les deux derniers mois de mon voyage avec Olivier, sa blonde Catherine et leur bébé Octave. La dynamique était très agréable et tout le monde a pu grimper ce qu’il voulait. Après avoir passé presque 6 mois avec des parents, je peux dire que faire un voyage d’escalade avec des jeunes enfants, c’est amplement possible!

EQ: Tu as sendé beaucoup de grosses voies. Peux-tu me lister ton top 5 et me dire pourquoi chacune s’y retrouve (dans ton top 5).

Je n’ai pas beaucoup travaillé de voies dans mon voyage. Je préférais en faire plusieurs pour goûter le plus possible aux différents sites d’escalade. J’ai donc réussi la majorité de mes voies entre 2 et 5 essais. Voici le top 5 de mes accomplissements:

– Mal de Isla (5.14a): la voie la plus dure que j’ai réussie jusqu’à maintenant! C’était mon objectif du voyage.
– 6 voies dans le 5.13d. J’ai fait ma première pendant le voyage, à Rodellar.
– 29 voies dans le 5.13c.
– 5 voies dans le 5.13b à vue.
– 12 voies dans le 5.13a à vue.

EQ: Ta voie la plus difficile est certainement Mal de Isla. Peux-tu décrire le travail que tu y as mis?
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Mal de Isla est ma première 5.14. C’était la première fois que je travaillais une voie pendant plus de 4 séances et j’ai dû mettre 10 essais pour la réussir. Au début, c’était assez frustrant, car le deuxième crux de la voie était très “low pourcentage”: il faut viser une prise très haute. J’ai dû changer ma séquence plusieurs fois avant de trouver la bonne. Puis, après deux journées de repos, tout s’est aligné et j’ai réussi la voie à mon deuxième essai de la journée!

EQ: Le retour au Québec n’est pas trop déprimant? Des projets pour les prochains mois?

En vérité, j’ai presque hâte de revenir à Québec! Revoir tout le monde et recommencer à m’entraîner. Je connais maintenant mieux mes points faibles et je sais sur quoi focusser pour m’améliorer. Je commence l’université en janvier et mon but est de continuer à m’entraîner pour les compétitions et pour la prochaine saison à l’extérieur.
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EQ: D’autres impressions sur ton périple? La bouffe, des rencontres mémorables, le pays avec les plus belles filles, n’importe quoi qui t’a marqué?

C’est un voyage dont je vais me rappeler toute ma vie. J’ai pu découvrir les plus beaux sites d’Europe et j’ai atteint tous mes objectifs. Et Québec est définitivement l’endroit avec les plus belles filles! Mais ça, on le savait déjà 😉

1 Comment on "Bilan d’Olivier Turgeon et Loïck Martel-Magnan"

  1. Nice article, encourageant pour les futurs parents!!! 😉

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