Charles Laliberté

Depuis combien de temps grimpes-tu? Tu as débuté en quelle année et pourquoi?

J’ai commencé en 1975, à l’école secondaire que je fréquentais, il nous était possible de faire une sortie plein air et ainsi être dispensé des périodes d’éducation physique pour la session… .yes… plus de périodes libres!!! A la suite de ma sortie escalade au Lac Larouche, mon prof Jacques Duhoux, m’a demandé si je souhaitais revenir à la prochaine sortie pour l’aider… j’suis accro depuis. Son approche très laisse pas de traces a été la bougie d’allumage de nombreux grimpeurs en région.

Parles moi de l’importance des partenaires de cordée, je pense que ça prime pour toi?
J’ai eu la chance de me retrouver avec un « partner » qui recherchait les mêmes choses que moi. Bernard Mailhot est vite devenu mon meilleur ami dans la grimpe et dans la vie. Nous avons aussi eu la chance d’être inspiré par une cordée locale très avangardiste; Bertrand Coté et Martine Codère grimpaient des choses tellement « flyés ». On s’est dit que pour voyager comme eux, il fallait grimper en tête… donc nous grimpions tout ce que l’on pouvait en tête, même les voies courtes de moulinettes. Et très vite on s’est retrouvé dans les grandes voies du Pinacle, de Cannon, de North Conway et bien sur les Gunks.

Ce qui était l’fun de grimper avec Bernard, malgré qu’il soit un peu plus fort des bras que moi, nous grimpions « pareil »; dulfer ici, pontage par la… souvent même avant de grimper nous trouvions mentalement la même solution technique au passage clef à faire. Nous avions aussi, Bernard un peu plus, une attirance vers les classiques et les « belles lignes »… j’entends encore Bernard, le nez dans un topo et qui s’exclame; ça doit être beau c’est une voie de Fritz… Je me suis vite entouré de d’autres compagnons qui trippaient dans le même sens que nous; François, Johnny, Gilles, Louis, Ghissss, et depuis peu Bertrand…

Bien sur le défi technique était sur l’agenda mais pas aux dépends du ou des compagnons ni du style dans lequel c’était fait. Nous croyions que l’escalade, ça se faisait d’abord et avant tout à partir du bas… nous avons laissé bien des voies tranquilles en attendant d’avoir le calibre pour les faire « comme du monde ». Je comprends toujours pas comment Bernard s’y est pris pour « bolter » en tête au tamponnoir la voie Ardente au Pinacle et encore moins comment j’ai fais pour le suivre « clean ».

 

Pratiques-tu tous les styles de grimpe (trad, sport, glace, bloc, alpin)? Lequel préfères-tu?

Ma réponse classique; j’aime bien grimper la glace en hiver et la roche en été… mais parfois une belle hivernale en roche c’est bien le fun aussi.

Dans mon temps… (c’est m’ncle Charles qui parle)… y’avait pas de distinction. On grimpe… été comme hiver… p’tit bout de roche sans corde, grand multi pitch neigeux avec nos bottes rigides… on grimpe. Mais oui notre sport a évolué et il y a maintenant des distinctions, et certains trippent un peu plus  » bouldering  » et d’autres  » multi pitch trad « … tant mieux… y’en a pour tout le monde et personne n’a à se sentir mal pour ses préférences ni dénigrer quécun qui n’est pas dans son clan.

Pour ma part je préfère le trad, multi longueurs… 2 à 4 pitch me suffisent. J’ai fait ma petite part de 5.10 et 5.11 en tête, mais j’ai une nette préférence pour le 5.6 à 5.8. Pour moi, il y en un engagement différent à partir de 5.9, j’sais pas pourquoi mais c’est comme ça pour moi. Avec Bernard c’était simple, le  » lead  » est à lui tant qu’il passe, sinon c’est à moi de prendre le bout pointu de la corde et bien sur on faisait souvent cordée réversible pour sauver du temps … .heureusement pour moi Bernard grimpe bien et aime se taper les crux, je n’ai eu qu’a le remplacer que quelque fois ; Inclinaison à St-Hilaire, la Classique en hivernale, Criminel à Pinacle et une longueur dans la Pomme que je lui aurait laissé… mais bon une entente c’est une entente.

Étant un « pionnier » de la grimpe, comment se comparent la communauté de grimpeurs de jadis et celle de maintenant?

J’crois que la génération avant moi était pionnière, nous on s’est amusé à continuer le travail déjà commencé. Pour ce qui est de la communauté… y’a plus de monde… donc y plus de monde différents. Malheureusement y’en a qui acceptent mal les différences, voir préférences, des autres. Y’en a même qui acceptent mal leur propres choix…donc faut pas se surprendre si il y a accrochage parfois.

La roche n’est pas illimitée et grimper n’est pas un droit mais bien un privilège. Je, me moi… crois qu’avant de « bolter » en rappel une ligne équipable du bas, il faut se questionner si ce n’est pas faisable de la laisser comme elle est et d’attendre d’être prêt pour la faire ou la laisser pour quelqu’un d’autre ayant le calibre pour la faire du bas. Exemple concret; Orford et Pinacle… dans le temps nous sentions que nous ne pouvions équiper certaines lignes selon notre style. Finalement notre style du temps, je l’avoue; un peu zélé, n’était pas approprié dans le cas d’Orford mais bien légitime dans la majorité des problèmes du Pinacle. Il y a eu des « échanges » de politesses entre les parties mais pas de coupages de bolts comme ailleurs. Je crois qu’il faut respecter la décision de l’équipeur, même si ça va à l’encontre de nos croyances. Et si l’équipeur à fait une gaffe en boltant une ligne trad… bien trouvons ensemble un compromis acceptable. Mais y’en aura toujours des  »sans compromis » qui voudrons rien savoir et qui vont foncer dans le tas pour imposer leur vision de la chose.

De toutes tes ascensions, laquelle a été la plus mémorable? Raconte un peu…

Ma dernière en février avec Johnny à Smuglers Notch; une belle grosse journée de glace avec tout plein de spindriff… non l’autre avant avec Ghis sur Fantasma au Morne de Thetford; gros fret pis du vent en plus…et la poutine pour clôturer… mmm Y’en a finalement plusieurs, mais si je dois en identifier quelques une;

*J’me souviens pas bien qu’est ce que nous avions grimpé, probablement que nous travaillions un nouveau projet sur la gauche du Pinacle et l’orage se pointe donc on décide de descendre. Bernard me descends à la jonction de Point de Fuite et Ardente et me laisse sans corde à ce relais… oui oui c’était convenu… s’arrange pour atteindre la station de rappel et me cueille en passant pour un rappel en tandem jusqu’à la vire de sortie… grosses bourrasques de vent, grosses goutes, un peu d’électricité et tout plein de fous rires dans l’air. Inutile de dire qu’on se fait confiance un et l’autre.

*Stormy Monday à Willoughby avec Johnny et Jules, j’ai frôlé ma limite, mon plus dur lead en glace.

*La Pomme d’Or avec Bernard, on a vraiment grimpé efficacement. Papi nous dépose la veille, dodo sur la rivière après une petite reconnaissance de l’approche. Grimpe tout en équipant les stations de rappel avec des « conduits » (pour ceux qui connaissent pas, tuyau d’acier galvanisé coincé dans un trou de vis incliné et rafistolé ensemble pour créer une station de rappel… pré-abalakov bien sur… c’est dont simple maintenant). Bernard me laisse le lead après du beau travail dans le crux. Rappels et en bas en temps pour attraper Papi qui avait passé en fin d’après midi pour déposer des grimpeurs plus haut dans la vallée… dodo dans le confort de nos maisons.

Tu me racontais quelques accidents mortels dans les Gunks, alors que tu y étais avec Bernard Mailhot, ces événements fâcheux ont-ils laissés des traces dans ta confiance?

C’était notre premier voyage dans les Gunks, cinq jours de beau temps mais les deux accidents mortels de l’année ont lieu durant ce cinq jours. Tu ne sais pas comment tu va réagir tant que tu te fais pas demander; do you know CPR??? Yes. Embarque dans le pickup… t’es le next pour donner le manœuvres…J’étais prêt a intervenir mais j’avais malheureusement la conviction que c’était pour rien, le gars y’était pas beau a voir.

Pour moi ça pas été si pire… peut être parce que j’ai embarqué dans le pickup… peut être parce que je n’ai pas eu à intervenir. Bernard a eu un peu plus de difficulté avec la chose, mais comme c’est principalement lui qui grimpait en tête, c’est probablement normal. J’aurais probablement aussi eu de la difficulté à entrer dans ma bulle pour grimper en tête après ces accidents.

En tant qu’ex-président de l’ENEQ – et actuel secrétaire trésorier – que penses-tu de la sécurité au Québec? Les grimpeurs sont-ils assez informés, sont-ils prudent?

Il y a définitivement place à amélioration, je crois que ce ne serait pas un luxe qu’à la base, pour enseigner l’escalade il faille détenir le brevet approprié. Lors de l’enquête du coroner sur l’accident à Orford du jeune Adam et l’accident du Cap impliquant Lucie et Jacques, bien des questionnements sont venus à jour et des propositions de résolutions pour régler certains problèmes… .mais les choses n’avancent pas, les parties avec les $$$ ont une solution qui sera longue à implanté.

Pas facile de répondre à une question de la mère de Lucie qui me demande en coulisse ; ma fille est tu morte pour rien ??? Car elle voit bien qu’il y a place pour des améliorations dans notre petit monde de la grimpe. Non madame, Lucie est pas morte pour rien, un évènement comme cela devrait mobiliser le milieu, soyez assuré madame qu’à l’ENEQ nous ferons tout en notre pouvoir pour améliorer la situation.

C’est un peu pour elle que je poursuis avec l’ENEQ, je crois encore que l’ENEQ est la solution pour améliorer le dossier de la formation, c’est peut être pas la solution mais c’est celle, à mon avis, qui à le mieux fonctionné jusqu’à maintenant. Reste maintenant à voir si le projet de nouveau Système Québécois de Formation de Cadres en Escalade du Ministère et de la FQME finira par démarrer et s’implanter… pas avant deux ou trois ans selon eux … à quel prix ??? Peut importe le résultat l’ENEQ sera la pour prendre la place qui nous revient.

Après le Pérou en 2005, d’autres projets de voyages?

Tout plein… comme tout grimpeur. Surement les Alpes avec Bernard tôt ou tard. Un deuxième voyage au Pérou, j’ai vraiment aimé le pays et j’ai bien trippé avec la gang qui m’accompagnait.. Les Buggaboos et la Nouvelle Zélande un jour.

Aux jeunes qui commencent, quels conseils donnerais-tu?

Grimpe… mais soit responsable de tes engagements. Trop de premiers de cordée se forment « à la bonne franquette » et mettent peu d’importance sur l’acquisition de quelques notions de base d’auto-sauvetage… .et j’trouve pas ça raisonnable.

Un casque… ça peut te sauver la vie. Attends d’avoir un peu de millage avant de pas en porter un, et porte s’en pas pour les bonnes raisons et non parce que ce n’est pas cool d’en porter un. Demandez à Bernard combien de temps ça m’a pris pour lui permettre de ne pas mettre son casque quand il grimpait avec moi.

Be the first to comment on "Charles Laliberté"

Leave a comment