Chercher le chemin de la Liberté

La suite c'est par en haut | Photo: Charles Roberge

Par Charles Roberge

Il y a plusieurs années, en feuilletant le livre-guide des voies de glace, mon attention s’est porté sur la page 470 qui traite du secteur de la rivière Betsiamites, une de ces grandes rivières majestueuses domptées par Hydro-Québec. Ce secteur comprend une voie du nom de Liberté (150m, WI5, V) qui est décrite comme une grande classique mais l’approche pour se rendre à ce secteur est la plus sérieuse de tout le livre-guide : il faut faire près de 23km en bateau pneumatique en plein hiver. Pas besoin de vous dire que je suis rapidement passé à autre chose.

Jusqu’à ce que je rencontre Fred Maltais. Au travers de nos grimpes l’hiver dernier, nous parlions de nos destinations préférées. Fred me parle de la Côte-Nord, en particulier du secteur de Forestville et des alentours puisqu’il possède un camp au nord de la ville. Nous parlons de Liberté et de son accès singulier et il me fait part qu’il s’est déjà rendu tout près de la voie lors d’une excursion en motoneige. Mon intérêt pour cette voie est soudainement ravivé et l’ami me fait parvenir une photo de la voie. Ça y est, l’étincelle est devenue une flamme et il n’en fallait pas beaucoup pour contaminer mon ami Jean-Philippe Bélanger!

Liberté (du temps du VHS) | Photo: Fred Maltais

Après avoir supposé l’endroit approximatif de la voie sur Google Maps grâce aux infos du livre-guide, j’ai analysé pendant des heures durant l’automne, un itinéraire pour s’y rendre le plus rapidement possible. Force était de constater que malgré qu’il n’y a pas de descente en rivière à faire, l’approche en motoneige demeurait tout de même une entreprise à ne pas être prise à la légère. Il faut, dans un premier temps, faire 26km sur un sentier fédéré puis dans un deuxième temps, faire 17km sur une vieille piste de chasseur dont la nature avait repris ses droits.

En ce 4 janvier 2019, il était le temps pour moi ainsi que Jean-Philippe, mon compagnon de toutes mes aventures hivernales depuis belle lurette, d’aller valider notre théorie élaborée grâce aux cartes. La partie sentier fédérée se déroule rondement et nous trouvons facilement le début du sentier de chasseur qui se trouve tout juste au nord du lac Jeanne-d’Arc. Toutefois, nous nous butons rapidement à des centaines d’arbres morts et de branches en travers du chemin sinueux que nous coupons parce que notre désir de trouver Liberté n’a pas de limites.

JP Bélanger en Menaud Maître Draveur | Photo: Charles Roberge

Un deuxième obstacle apparaît : celui de la traversée de la rivière Laliberté, un des affluents de la Betsiamites. On retrouve sur place une vieille passerelle suspendue à l’allure plutôt artisanale en état de délabrement. Il n’est pas question de passer nos machines de plus de 450lbs sur cette antiquité. Nous passons donc un temps à analyser les alentours : les bordures de la rivière sont trop abruptes pour passer n’importe où et la densité de la forêt nous limite encore plus. Nous trouvons, avec soulagement, une brèche dans la végétation tout juste au sud de la passerelle et la joyeuse corvée d’élagage reprend de plus belle après avoir franchi la rivière Laliberté. Les cabanes abandonnées que nous croisons donnent un air lugubre aux lieux.

Le Golden Gate de la Rivière Laliberté | Photo: Charles Roberge

Après 17km et 5 heures à nettoyer le vieux sentier de chasseur au sciotte et à la hache, c’est avec euphorie que nous trouvons Liberté : une magnifique voie sise dans un lieu tranquille et magnifique regorgeant de nombreuses possibilités de premières ascensions. Avis aux aventuriers! Les sections de gauche et de droite de Liberté sont superbes et abondantes, mais celle de droite nous attire davantage à cause de son esthétisme. Nous nous sentons privilégiés d’être en ces lieux et sans rien vouloir avancer, nous sommes probablement les premiers grimpeurs à passer dans le coin depuis belle lurette. Malheureusement, ce sera que le lendemain que nous pourrons la grimper car nous sommes arrivés tard et fatigués au pied de la voie.

La suite c’est par en haut | Photo: Charles Roberge

Le jour suivant, nous faisons 1h30 de motoneige pour un total de 43km pour rallier la voie depuis la voiture. La corvée de la veille a bien payé. Oui, c’est beaucoup de kilomètres à avaler mais il ne faut pas oublier qu’il y a seulement 5 minutes de marche à faire entre la motoneige et la base de la voie sur un terrain presque plat, du bonbon! En comparaison, pour grimper Carpe Diem(150m, WI5, IV) qui est un de ces autres bijoux de la Côte-Nord peu visité, il faut faire 50km de motoneige et près de 1h30 de marche par la suite.

Au-delà de mes attentes, l’escalade de la voie est superbe et elle entre assurément dans ma liste des coups de cœur. La dernière longueur est spécialement riche en atmosphère et elle surprend autant mon ami Jean-Philippe que moi. Pile poil ce que nous aimons tous les deux : de la grimpe verticale et technique en région éloignée. Du sommet, nous pouvons admirer la rivière Betsiamites qui me fait davantage penser à un fleuve tranquille. Nous sommes revenus dans nos familles le soir-même, un sentiment spécial lorsque je me savais profond dans l’arrière-pays, et ce, quelques heures auparavant seulement. Vivement la motoneige!

JP Bélanger comme un poisson dans l’eau… gelée. Un genre de Poulamon grimpeur! | Photo: Charles Roberge

J’espère que le secteur de la rivière Betsiamites deviendra un nouveau terrain de jeu pour les glaciéristes en recherche constante d’aventure. Le chemin est nettoyé et connu, reste qu’à vous procurer une motoneige et d’aller profiter de la belle grimpe qui s’y trouve. Bien entendu, je ne m’attends pas à ce qu’il y ait une foule d’humains qui se précipiteront vers ce secteur, mais j’espère du moins que ce texte encouragera certaines personnes d’aller y jeter un petit coup d’œil. Après avoir fait la découverte de cette merveilleuse voie, mon humble avis est que l’accès pour s’y rendre est passé de complexe à simple.

L’auteur nous démontre qu’il a mangé du broccoli pour diner | Photo: JP (Poulamon) Bélanger

Infos :
• Où se stationner et point de départ : au poste de transformation Hydro-Québec, et ce, 5km avant Betsiamites (à l’ouest).
• Coordonnées GPS du début du sentier de chasseur : N 49o 07’ 21.3’’ W 068o 49’ 07.0’’
• Coordonnées GPS de la voie : N 49o 07’21.3’’ W 068o 58’ 04.1’’

Requis :
• Motoneige dont la mécanique est A1
• Sciotte si d’autres branches ou arbres tombent
• GPS ou téléphone intelligent avec application Imotoneige et batterie chargée (pratique pour ne pas manquer le sentier de chasseur)

Description de l’approche en étape (visualiser le tout sur Google Maps avant le départ n’est pas une mauvaise idée):
• Quitter le poste de transformation, traverser la route 138 en motoneige et emprunter le chemin qui se trouve peu à l’est du poste. Tourner ensuite sur le premier chemin à gauche et filer tout droit vers l’ouest et vers le nord.
• Utiliser l’application Imotoneige qui fonctionne sans réseau afin de trouver le sentier fédéré et/ou de confirmer que vous êtes au bon endroit.
• Utiliser le sentier fédéré provincial no.3 direction est sur 24km jusqu’au lac Jeanne-d’Arc.
• Le début du sentier de chasseur se trouve tout juste avant un virage serré vers la droite au nord du lac Jeanne-d’Arc. On peut se fier encore une fois sur l’application Imotoneige afin de vérifier qu’on n’a pas passé tout droit.
• Traverser un marais ainsi que quelques ruisseaux peu profonds avec sagesse.
• Traverser la rivière Laliberté et redirigez-vous vers la passerelle, une brèche dans la forêt vous permettra d’accéder à la rive opposée.
• Roulez jusqu’à la voie et appréciez le moment!

Bonne aventure et soyez prudents!

2 Comments on "Chercher le chemin de la Liberté"

  1. Les gars? Vous être incroyables!
    Sans limites, sans frontière, quelle belle verve d’aventure.
    Bravo!!!

  2. Good job les gars! Merci du débroussaillage et de partager les infos.

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