Entrevue avec Jimmy Chin

Jimmy Chin lors de son passage à Montréal | Photo: Ian Bergeron

Par Ian Bergeron

L’athlète, photographe et cinéaste Jimmy Chin était à Montréal pour une série d’événements présentés par The North Face. J’ai profité de l’occasion pour m’entretenir avec lui sur plusieurs sujets liés à la montagne. Comme je le disais l’été dernier, Chin a eu une influence sur mes choix de vie. L’escalade, la montagne, la photo et les petits films sont directement inspirés par le travail du réalisateur de Meru. Voici donc en rafale, 13 questions à Jimmy Chin.

EQ : Quelle était ton expédition la plus difficile?
JC : Athlétiquement, certainement la Face Nord Direct du Mont Everest en style alpin. C’est tellement intimidant! Sinon, Meru pour la logistique.

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EQ : Selon toi, qui sont les athlètes les plus talentueux que tu as côtoyé?
JC : C’est difficile de choisir, mais au début de ma carrière c’est Peter Croft. Plus tard ce fut Conrad Anker, ensuite Dean Potter et finalement Alex Honnold.

EQ : Tu as voyagé passablement, quelle culture t’a le plus marqué?
JC : Deux peuples nomades : les Bédouins et les Tibétains du plateau Chang Tang. Ils ont besoin de si peu pour vivre et je m’identifie à ça, la frugalité. Je peux survivre aussi avec très peu. Je pourrais m’installer dans une cabane en bois sur le bord de la mer au Mexique, et vivre en pêchant. De plus les légumes ne coutent rien et je ferais du surf tous les jours.

EQ : Est-ce que tu te vois réellement faire ça? Dire de la marde, je lâche tout et je décompresse?
JC : Certain! Je me vois bien avec un rythme de vie plus relaxe où j’apprends à mes enfants à pêcher et faire du surf. Probablement par ce qu’en ce moment je suis hyper occupé et que cela me ferait du bien.

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EQ : Quel était ton tournage le plus difficile?
JC : Ah! La traversée du Plateau Chang Tang au Tibet. C’est extrêmement reculé et en plus j’apprenais à faire la transition entre la photo et la cinématographie. Vraiment une expédition pénible…

EQ : Quelle photo, qui n’est pas de toi, aurais-tu aimé en être l’auteur?
JC : Sans contredit l’arc-en-ciel sur le Potala de Gallen Rowell!

Photo: Gallen Rowell

Photo: Gallen Rowell

EQ : Tu as eu plusieurs bonnes frousses et même perdus des compagnons, tu n’as jamais pensé passer à autre chose? Autrement dit, comment gères-tu les risques?
JC : J’ai souvent rebroussé chemin! Mais tous les risques sont sous-pesés. L’atmosphère dans l’équipe aussi compte pour beaucoup, mais habituellement les choses sont passablement établies longtemps avant d’être confronté à la situation.

EQ : Tu rêves de quoi? Quelles grimpes t’allumes?
JC : Y’en a plusieurs. Notamment les Tours Trango, le Cerro Torre et je n’ai jamais grimpé le Fitz Roy. Pour l’instant je n’ai aucun désire d’aller sur un 8000m.

Great Trango Tower | Photo: Ian Bergeron

Great Trango Tower | Photo: Ian Bergeron

EQ : Ah! Même le K2?
JC : Oui, même le K2. Jadis j’en avais envie, plus maintenant car les coûts d’opportunité sont trop élevés.

EQ : Si les circonstances avaient été différentes et que tu n’aurais pu faire ce que tu fais, que ferais-tu aujourd’hui?
JC : Je serais probablement allé à l’Université Georgetown en relations internationales et je serai un diplomate ou quelque chose du genre.

EQ : Donc tu voyagerais encore autant?
JC : Probablement oui!

EQ : Comment gères-tu tous ces longs voyages et la vie de famille?
JC : Pas toujours facile. Je m’ennuie de mes enfants quand je suis parti pour de longues périodes de temps. Mais quand je suis présent, je passe du temps de qualité avec les enfants. Cet hiver j’ai fait une 20e de jours de ski avec ma fille de 2 ans. Même si elle ne persiste pas dans ce sport, elle saura toujours skier. Ça sera devenu un réflexe en quelque sorte. C’est un peu cela du temps de qualité, leurs apprendre des trucs pour le reste de leurs jours.

EQ : Finalement, des conseils pour tous les aspirants Jimmy Chin qui lisent ceci?
JC : Ne le faites pas [rires]! Non, sans farce, vous avez la chance de créer votre propre vie. C’est devenu « facile » maintenant. Vous pouvez diffuser votre travail aisément avec YouTube et les médias sociaux. Le plus important c’est qu’il n’y a pas de substitut au travail acharné. Ne pensez jamais que les choses vous sont dues. Si vous travaillez fort, vous réussirez.

3 Comments on "Entrevue avec Jimmy Chin"

  1. Vraiment un interview écoeurant! Merci Ian! Tellement fou de voir un gars comme Jimmy Chin, qui a accomplis tant de chose dans sa vie. Quand on pense que quelque chose est trop dur ou complexe, ça fait du bien et ça botte le cul de repenser qu’il y a du monde que lui. 😀

  2. Pour ceux qui en veulent plus aussi, je vous conseille d’aller jeter un coup d’oreille 😉 à l’interview avec Tim Ferris

  3. Merci Serge-Alexandre. J’ai eu l’occasion de passer un bon bout de temps avec lui alors ça m’a facilité la tâche…

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