Entrevue avec Zoé Desjardins

Photo: Quinn Rohlf

Amandine Géraud de la Montagne au Féminin a réalisé une interview avec Zoé Desjardins.

Je vous en parlais dans mon précédent post ; j’ai eu la chance de réaliser une entrevue de Zoé Desjardins pendant mon séjour à Potrero Chico au Nord du Mexique.

Zoé est une passionnée d’escalade, à tel point qu’elle a décidé de consacrer les premières années de sa vingtaine à grimper. En juin, elle fêtera ses 24 ans et depuis maintenant 3 ans, elle choisit ses destinations d’escalade à travers l’Amérique du Nord en fonction des saisons.

Photo: Quinn Rohlf

Plus jeune, Zoé avait déjà été initiée à l’escalade avec son école mais pratiquant déjà d’autres sports, gymnastique, danse, elle ne pouvait pas consacrer plus de temps à une troisième discipline.
A 19 ans, des amis l’amènent à Bloc Shop, une salle d’escalade de bloc à Montréal. Elle fera son apprentissage rapidement, en apprenant à grimper en moulinette puis en lead / en tête la même année.

L’été 2017, l’année suivant ses débuts en escalade, Zoé fait son premier voyage en solitaire à Squamish, le « Yosemite » de l’Ouest canadien, à une heure de Vancouver. Alors qu’elle n’avait prévu que 3 semaines de grimpe au cours de son voyage, elle prolonge son séjour et c’est au final 3 mois qu’elle passera là-bas avec de nouveaux partenaires rencontrés sur place.
Ayant très peu de matériel, elle passe son temps à faire du bloc et des voies en sport. A son retour à Montréal, elle s’équipe et part pour Potrero Chico, au Nord du Mexique. Elle y apprend la grande voie avec des amis mais au bout d’un mois, quand son voyage doit finir, elle décide de démissionner de son emploi et d’annuler ses cours à l’Université pour repartir au Mexique. C’est là que commence sa vie « sur la route ».

« Pour moi être dans un bureau toute la journée, enfermée entre quatre murs, ce n’est pas ça qui me tente ! Je veux être dehors, je veux bouger. J’ai décidé d’aller un peu sur la route, de découvrir l’école de la vie, trouver ce que je veux faire et qui je suis vraiment. »

Photo: Shawn Tron

De Potrero Chico, en passant par la Californie, le Nevada, l’Arizona jusqu’à Squamish, elle aura passé huit mois sur la route.

Parfois, la solitude est lourde. Comme cette fois où, au sud du Colorado, elle est restée coincée dans un camping, seule pendant plusieurs jours, en pleine tempête de neige.

« Tu as de gros moments de solitude quand tu voyages sur la route pendant longtemps. Tu te fais plein d’amis mais souvent tu es toute seule entourée de plein de gens. Dans la vie, tout le monde finit par avoir ses moments de solitude, il faut juste que tu les acceptes et que tu en profites. »

En Amérique du Nord, chaque falaise a sa saison idéale pour grimper, en fonction de la température. En hiver, les grimpeurs vont au Sud. Potrero Chico pour la grande voie et El Salto pour la performance en single pitch. Au printemps et en automne, le Red River Gorge au Kentucky accueille une belle communauté de grimpeurs qui se retrouvent en soirée chez Miguels Pizza. L’été, c’est direction l’Ouest du Canada, à Squamish. Le site Mountain Project est un bon outil pour connaître les meilleurs périodes quand grimper à une nouvelle place.

Quand Zoé est à court d’argent, elle retourne à Montréal pendant plusieurs mois pour économiser assez pour pouvoir repartir sur la route. Au printemps 2019, à son retour en ville, elle a cumulé plusieurs boulots. Elle donnait des cours d’escalade, travaillait à la« zipline », était signaleuse routière et aidait les personnes autistes à s’intégrer sur le marché du travail chez Action Main d’œuvre. S’en est suivie une nouvelle vie sur la route en septembre en Amérique du Nord puis à Kalymnos en Grèce.

Pour Zoé, vivre une vie sur la route ne coûte pas si cher. Elle estime qu’il lui faudrait environ 10.000$ CAN (environ 6.500€) pour vivre un an comme elle le fait. Ses seules dépenses sont les billets d’avion, l’essence, le camping et sa nourriture. Elle affirme que manger bien et sainement, c’est possible sans dépenser beaucoup d’argent.

Elle essaie aussi de travailler à l’endroit où elle a élu domicile pour grimper, ce qui lui permet de rencontrer plus de gens en faisant intégralement partie de la communauté de grimpeurs. « Quand tu vis à une place pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, tu te fais des amis partout dans le monde. Partout où j’irai, je pourrai dormir chez eux sur un canapé. »

Ce qui lui manque souvent, « ne rien faire sur un divan pendant toute une journée en pyjama à manger du popcorn et des chips toute la journée ».

Plus tard, Zoé n’imagine pas sa vie sans la grimpe, elle se voit volontiers comme une travailleuse sur corde, par exemple en Gaspésie, sur les éoliennes. Habituellement, ces métiers permettent de travailler 4 à 6 mois dans l’année puis d’avoir congé le reste du temps. Elle a bien conscience que vivre de l’escalade est une discipline réservée aux grimpeur(se)s professionnel(le)s de très haut niveau mais ça ne l’empêchera pas de garder l’escalade comme une priorité dans sa vie.

« Un conseil que je donnerais à ceux qui veulent commencer une vie sur la route. Vas-y ! Il y a beaucoup de gens qui me disent oh mon dieu je suis vraiment jaloux, j’aimerais tellement le faire. Alors fais-le ! Tu ne vas pas le regretter c’est sûr. Tu vas tellement t’amuser. Je me suis demandée est-ce que je continue l’école ou je pars sur la route? J’ai décidé de partir sur la route. Je me suis choisie moi, je n’ai pas choisi mes amis ou ma famille. J’ai fait quelque chose pour moi ! J’ai vraiment beaucoup appris dans les deux dernières années. Autant sur moi même que sur les autres. Planifie tes affaires, fais-toi une liste de là où tu veux aller en fonction des saisons, mais l’aventure commence quand ton plan échoue. Tu vas rencontrer beaucoup de gens, suis-les, apprends d’eux. J’ai beaucoup appris sur moi-même en tant qu’être humain et en tant que grimpeuse. »

Photo: Quinn Rohlf

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