En septembre, quelle ne fut pas ma surprise de voir mon adolescent soudainement fasciné par le mont Everest. Cela faisait suite à la sortie d’un film réalisé par le youtubeur français Inoxtag, intitulé Kaizen: 1 an pour gravir l’Everest. J’ai tenté de regarder ce film, mais sans grand succès. Il semble que le fossé générationnel ait pris le dessus, car je n’ai pas pu le terminer. Que ce soit le ton, le traitement, ou peut-être simplement l’accent, quelque chose me dérangeait profondément sans que je puisse réellement identifier quoi.
Ce matin, je suis tombé sur un texte de Pascal Touraine qui exprimait exactement ce que je ressentais:
« À son annonce, j’avais dit que ça n’avait pas d’intérêt et que c’était une catastrophe. Après avoir vu le film, je n’ai absolument pas changé d’avis. Inoxtag a du talent, du charisme, il ne triche pas mais il faut rappeler qu’un gamin et une gamine de 14 ans, un papy japonais de 83 ans ont aussi réussi à monter là-haut. Si on se donne les moyens, c’est accessible à n’importe quelle personne en bonne santé qui se botte un peu les fesses. Là, je ne vois pas où est l’exploit. Et puis c’est très égocentré. Les trois quarts du film, c’est : »Regardez mon nombril », ça ne va pas plus loin.
L’Everest, c’est le Mont Saint-Michel à 8 800 m, Inoxtag dénonce bien cette surfréquentation mais il y participe aussi, c’est schizophrène. Son film ne va faire que développer cet engouement stupide. » Pour lui, le véritable exploit aurait été de réaliser la montée sans l’aide d’oxygène. « Lors de mon ascension, j’avais passé cinq nuits à 8 000 m sans oxygène, j’avais trouvé ça extraordinaire. Avec l’oxygène, au débit max, au sommet de l’Everest, c’est comme si vous n’étiez qu’à 6 000 m… Aujourd’hui, gravir l’Everest avec de l’oxygène, c’est comme faire le Tour de France avec un vélo électrique.»
J’ai volontairement omis d’ajouter le lien du film d’Inoxtag, afin de ne pas lui générer davantage de clics et contribuer à cette folie. Si vos ados vous en parlent – ce qui est peu probable étant donné la nature éphémère de ce genre de « stunt », à l’image des stories Instagram – vous aurez ainsi une idée du phénomène.

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