Le bordel de l’Everest

Préface: je m’excuse d’avance aux personnes qui seront offensées par mes propos ou mon apparent manque de sensibilité envers les défunts. Je ne vise personne en particulier et loin de moi l’idée d’insinuer que tous les disparus étaient des incompétents. Je mets en lumière une situation qui m’apparaît de plus en plus ridicule. Si vous trouvez cet article trop long, allez regarder la vidéo humoristique à la fin, elle résume bien mon propos.

Éditorial par Ian Bergeron

Pour plusieurs raisons je me suis gardé de commenter la situation à l’Everest cette saison. Notamment parce que cette montagne me laisse véritablement indifférent et essentiellement parce que les gens qui y vont ne sont pas, en grande majorité, des grimpeurs. Ils sont bien plus dans la catégorie des chasseurs de trophées, au même titre que ces gens riches qui vont tuer des lions de la savane pour en rapporter la tête ou une photo. Un trophée à accrocher au mur du salon.

Soit dit en passant, c’est un dôle de mot « trophée ». C’est un nom masculin qui prend un « e » à la fin. Un peu comme si le chasseur est masculin et le but ultime féminin. Probablement que ça nous ramène à l’homme des cavernes qui allait se trouver une femme dans la savane. Ou encore le douchebag qui va au bar se trouver une Pamela. Anyway, je m’égare. Des chasseurs donc…

Tout comme dans la savane avec le lion, il arrive que la montagne ait la main heureuse et se défende face à l’attaque répétée de ces touristes des hauteurs. Car il s’agit bien d’une attaque. L’endroit est souillé de déchets laissés par le constant va et vient des expéditions. Juste cette année, 10 tonnes de déchets ont été récupérées ! Sans parler des corps qui jonchent le parcours vers le sommet.

Photo: Bharat Bandhu Thapa

J’écris ces lignes et je ne peux qu’avoir une pensée pour Gabriel Filippi. Trois fois il a fait le sommet du « toit du monde ». Gabriel est, selon moi, un réel alpiniste qui ne s’est pas pointé un bon matin pour faire l’Everest pour ensuite ne plus jamais faire de montagne. Gab a fait ses classes. Il est qualifié pour y aller. J’ose imaginer que cette montagne l’attire et exerce sur lui une sorte de fascination, malgré les morts qu’il y a côtoyés. Je peux comprendre, d’autres sommets m’ont aussi fait le chant des sirènes.

J’ai donc regardé les médias qui ont rapporté ses propos avec intérêt. Oui, l’Everest est devenu un cirque. En fait, ça dure depuis belle lurette. Les embouteillages ne datent pas d’hier. C’est juste que cette année, le nombre de morts est plus élevé qu’à l’habitude. Peut-être aussi que CNN, LCN, Fox et autres étaient un peu las de parler de Trump ? Ou bien que leur quota de faits divers n’avait pas été atteint ?

Plusieurs avancent des pistes de solution. Par exemple, augmenter le prix des permis. Ou encore obliger chaque grimpeur à être accompagné d’un guide népalais. Ces deux mesures ne feront qu’aggraver le problème car seuls les très riches – et par définition les inexpérimentés à la recherche d’un trophée – auront les moyens d’y aller. La solution est pourtant très simple mais non-viable économiquement pour le Népal : obliger tout le monde à grimper sans l’assistance de sherpas. Imaginez : plus personne pour monter les camps, porter la bouffe, installer les cordes fixes, transporter l’oxygène, etc. Le retour du « alpin style » pour tout le monde. On passerait donc de 500 grimpeurs sur la montagne à quoi… une cinquantaine tout au plus ? Bye bye les embouteillages, allo les compétents qui auront fait leurs classes.

Jamais le gouvernement népalais n’osera imposer une mesure aussi radicale et se priver d’importants revenus. Ceci priverait aussi les familles de sherpas de fonds essentiels à leur survie. Alors, on fait quoi ? Personnellement, je préconise le statuquo. Que ces chasseurs aillent mourir sur l’Everest et laissent les animaux de la savane tranquilles me semble acceptable. Le monde ne s’émeut pas de migrants qui fuient la guerre et la famine en Syrie, alors pourquoi ferions-nous un plat de parvenus prêts à payer 30,000$ pour monter une montagne, assistés par une horde de gens plus compétents qu’eux ? Là où ma conscience me rattrape c’est quand cet individualisme plonge dans la mort des sherpas.

Combien y sont morts cette année pour permettre à ces touristes de l’Himalaya d’atteindre leur rêve ? Je ne crois pas que notre incompétence à faire quelque chose devrait mettre la vie de sherpas en danger. Quoi ? C’est les risques du métier ? Ils n’ont qu’à faire autre chose vous dites ? Quels choix a-t-on quand on vit dans la pauvreté et que le gouvernement est aussi trop pauvre pour pourvoir une éducation digne de ce nom ?
Je suis fort conscient que plusieurs ne seront pas d’accord avec mon point de vue. Certains seront peut-être même choqués par mes propos. Comme le disait Gabriel Filippi dans les médias, oui l’Everest est devenu un cirque. Pour moi le tout a commencé quand la première expédition commerciale a pris le pari de hisser au zénith des badeaux non-qualifiés. L’appât du gain l’a emporté sur le gros bon sens.

Maintenant, quand les TVA s’émeuvent du nombre grandissant de morts à l’Everest, je change de poste et regarde Marina nous montrer comment faire des sculptures en cure-pipes.

3 Comments on "Le bordel de l’Everest"

  1. Me semble avoir lu le même article l’an passé. La date est bonne?

  2. La date est bonne.., tu dois te tromper avec Richard Martineau.

  3. 🙂 Oui c’est pas l’article où Martineau juge sans faits validés que TOUS les BS sans exception fourrent le système, sauf ses amis à lui?

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