Les 3 types de plaisirs

Loïck seconde le 3e pitch d’une voie à Los Manos de Riglos

Par Loïck Martel-Magnan

Je me rappelle de la première fois qu’on m’a parlé des 3 types de plaisirs dans la vie. C’était lors de mon premier voyage d’escalade à Squamish en 2013. Autour du feu, un gars a commencé à m’expliquer qu’il existait 3 formes de plaisirs, mais ayant encore peu d’expérience, je ne comprenais pas tellement son discours. Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai réellement saisi ce qu’il voulait dire en me rappelant certaines aventures qui m’ont marqué. Voici ce que j’ai retenu…

Loïck avant de commencer l’avant dernier pitch de la Pomme d’Or

1. Type I : Bonne journée, Bon souvenir

Le premier type de plaisir est sous sa forme la plus simple. Tu as du « fun » pendant ton activité et, par après, quand tu y repenses, tu en gardes un bon souvenir. C’est souvent la définition d’une journée parfaite ; le genre de journée qui passe toujours trop vite !

Par exemple, je vais toujours me rappeler de cette journée où mon ami et moi avions grimpé une voie près de Rodellar (en Espagne) nommée La Fiesta de los Biceps. Ce fut une aventure complètement incroyable ! Un mur de presque 300m légèrement déversant, 8 longueurs en 5.11 sur du conglomérat, juste des bonnes prises ! La falaise abrite aussi des nids de vautours et quand j’y repense, j’ai encore le souvenir des immenses oiseaux qui passent à un poil de nos têtes. Pour couronner le tout, une bonne bière froide au pied de la paroi. Une journée parfaite! TYPE I

Ou encore la fois où nous avions grimpé la Pomme d’Or au gros soleil en mars dernier. À 14h, on était au sommet de la voie à se faire bronzer ! TYPE I

La vue au sommet du mont Habrich

2. Type II : Mauvaise journée, Bon souvenir

C’est le genre de plaisir qu’on retrouve dans toute bonne aventure qui ne se déroule pas toujours comme prévu. À un moment donné, tu frappes un moment où t’as plus vraiment de fun… C’est de la m@rde… Par contre, tu passes à travers et le soir, quand tu y repenses, tu te rends compte à quel point c’était pas si pire que ça. Tu oublies le froid, la faim, la peur, la fatigue et tout ce qui reste c’est le positif, les bons souvenirs.

Ça me fait penser à l’été passé, quand je suis retourné grimper dans l’Ouest avec une gang d’amis. Vers la fin de notre périple, on a décidé d’aller grimper une voie sur le Mont Habrich (Life on Earth), une falaise située à l’arrière du Chief. Voici notre plan initial : faire l’approche (environ 6h de marche), grimper la voie (6 longueurs), coucher en haut, revenir le lendemain.

Ce qui s’est réellement passé : En arrivant à la falaise, un peu trop excités à grimper, on s’est lancés dans la mauvaise voie. Après 70m d’escalade, j’ai fait un relais assez médiocre, pour ensuite m’engager dans une traverse super précaire en espérant rejoindre la bonne voie. Puis, au milieu du mur, le soleil se couche… La lumière s’en va… les mouches arrivent…Maudit que j’ai faim… J’ai fini la voie à la frontale, à pas trop savoir où je m’en allais et on est arrivé au sommet vers 1h du matin, complètement mangés par les maringouins. La seule solution a été de se partir un feu et d’attendre que le soleil se lève. J’avoue, ce n’est vraiment pas la définition d’une journée parfaite, mais ce qui reste ancré dans ma mémoire, c’est plutôt la vue à couper le souffle qu’on a eu le lendemain matin. Étrangement, en me rappelant cette histoire, j’ai juste le goût d’écrire à mon ami : « c’est quand qu’on repart » ? TYPE II

Selfie du gars qui se lève sans trop avoir dormi et qui est envahi par une famille de mouches

3. Type III: Mauvaise journée, Mauvais souvenir

Le plaisir de type 3, c’est la fois où tu t’es blessé, la fois où t’as failli mourir… C’est une aventure qui a mal tourné… Tu fais tout pour l’oublier, mais il y a toujours un ami qui te demande de la raconter autour du feu. Je n’ai pas encore eu l’honneur de vivre ce type de plaisir, mais ça viendra un jour ou l’autre.

Plusieurs diront que c’est le plaisir de type I qui est le meilleur, le plus pur. Je suis perplexe… Étrangement, c’est souvent le plaisir de type II qui reste gravé le plus souvent dans notre mémoire et qui crée les meilleures histoires. Selon moi, c’est pourquoi ça vaut la peine parfois de sortir de sa zone de confort et d’oser l’aventure. Au pire, tu vas passer une journée de m@rde, mais le soir, en buvant ta bière, tu vas dire : « sti que c’était lfun »!

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