Les grandes classiques: Black and White

Black and White au Mont Larose | Photo: 27crags.com

Par Nicolae Balan

Nous voilà en-bas de la voie, Marco, Isabelle et moi. Notre nouveau “plan pourri” est de grimper ensemble Black&White, voie méga classique de Weir. Nous sommes au printemps 2000 et je me sens enfin prêt à me lancer à l’attaque des 80 mètres de ce dièdre.

Marco et Isabelle sont des amis de longue date. Nous nous sommes rencontrés alors que nous étions bénévoles à une compétition nationale canadienne en 1993. Je me rappelle d’ailleurs encore des biceps de Bobbi Bensman, biceps que je n’ai malheureusement jamais pu égaler ! Je suis content d’avoir ces deux amis avec moi dans mon projet car leurs encouragements seront appréciés et leurs coinceurs mécaniques seront tout aussi utiles puisque mon rack n’en contient aucun.

La première longueur fait une dizaine de mètres et suit une belle fissure à mains et à doigts. Les coincements se suivent et j’arrive assez rapidement au relais au bas d’une grosse cheminée. Mes deux seconds suivent sur des cordes doubles. J’observe comment chaque grimpeur trouve sa façon de passer le crux car, selon moi, c’est là la beauté de l’escalade: découvrir de la belle roche, des formes, des fissures, des prises et bouger de façon efficace pour créer des mouvements fluides.

Au relais, on gère les cordes qui sont déjà mêlées et on échange le matériel. Je repars dans la seconde longueur, soit celle qui a une “réputation”. Le genre de réputation dont on entend parler autour du feu au camping, dans un gym ou à la paroi. Le genre de réputation qui donne à la voie le statut de « classique ».

J’enchaine la longue cheminée et je me trouve sous un gros toit. En fait, pour moi, il est très gros avec mon nez collé dessus, mais je suis certain que mes amis au relais ne voient qu’un petit surplomb. Je m’engage et après quelques mouvements, j’entre dans le dièdre qui va nous mener jusqu’au sommet. Je tripe à la vue de ce que je dois grimper, c’est Black&White la magnifique, c’est ce qui la rend si désirable, un superbe dièdre avec des beaux coincements et du vide sous nos pieds!

Après quelques mouvements, je sens que ça commence à chauffer, mes mains et mes pieds veulent glisser. Je me ressaisis en pensant à Peter Croft qui a grimpé ça en solo! Alors si Croft le peut sans rien, je suis bien capable de le faire avec mes 10 000 protections que j’ai de placées! Malgré la confiance retrouvée grâce aux mécaniques d’Isa et Marco je me retrouve dans la merde…littéralement. Hé oui, du vrai caca d’oiseau! Il y en a partout dans cette belle section qui se veut un super beau repos. Je dois cependant faire attention où je mets mes pieds car je ne peux pas me permettre de salir mes varappes!

Black and White | Photo: Philippe Marcotte

Black and White | Photo: Philippe Marcotte

Après un bon repos dans cette fausse sceptique à volaille, j’observe la suite, soit un genre d’ offwidth. Je connais le mot mais pas la technique qui est nécessaire pour s’en sortir proprement. J’avance centimètre par centimètre et je suis soulagé de trouver une protection un peu cachée qui évite le besoin d’avoir un cam #5, bien trop cher et trop gros pour en avoir un sur notre rack !

Et d’un coup, je sens que Black&White la maléfique se réveille. Sa réputation me rattrape et une seconde plus tard, je me retrouve à pendouiller au bout de mes cordes! C’est le silence, le genre de silence qui nous met mal à l’aise. Je viens de manquer ma chance de faire la voie à vue! Quelle horreur! Mon CV de grimpeur est terni à tout jamais! Je reprends mon souffle et je repars. Bientôt me voilà devant un piton que je clippe en pensant aux premiers ascensionnistes, Claude Lavallée et Jim McCarthy ou bien Marc Blais et Normand Cadieux. Il faut comprendre qu’on ne sait même pas encore qui a fait la première en libre. Moi je penche pour Claude et Jim puisque cela donne une plus grande réputation à cette voie. J’aime croire que dans ce temps-là, ils grimpaient bien mieux que nous! J’installe le relais et je suis rapidement prêt à assurer mes amis. J’ai bien hâte qu’ils découvrent cette belle section.

La troisième longueur suit le dièdre jusqu’au sommet de la voie, la protection est bonne et les repos sont multiples en faisant du pontage. La fatigue arrive peu à peu mais la beauté de la voie fait fuir l’acide lactique. Selon la légende, Serge Angelucci aurait grimpé Black&White au moins 5 fois de suite! Imaginez-vous ses avant-bras?

Avec Isabelle et Marco au dernier relais, le sourire sur notre visage décrit notre état euphorique suite aux trois longueurs qu’on vient de grimper. Le “facteur F” était au maximum. Nous avons aimé chaque mètre de la voie et c’est ce type d’expérience que je recherche avec mes amis: l’aventure, le défi et le fun!

Cette voie reste encore un énorme plaisir à grimper pour moi. Je l’ai revisitée à plusieurs reprises en la grimpant de différentes façons, en premier, en second, en simultané, sur corde fixe et en solo encordé. En écrivant ces mots, j’ai juste envie d’y retourner demain!

Itinéraire de Black and White | Photo: 27crags.com

Itinéraire de Black and White | Photo: 27crags.com

1 Comment on "Les grandes classiques: Black and White"

  1. Comme ça donne le goût d’aller se coincer les mains dedans!!!

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