L’escalade olympique

Crédit: Unsplash/Charles Deluvio

Sous peu, à Tokyo, les athlètes vont participer aux Jeux Olympiques. Et pour la première fois, l’escalade sera représentée, et ce sera probablement une plateforme extraordinaire pour le sport. Avec des retombées jusque chez nous…

Je me confesse : je ne suis pas vraiment les compétitions de grimpe. Ça ne m’attire pas autant que des lignes naturelles dans des lieux saisissants. Mais je comprends tout le défi que ça représente et à quel point les grimpeurs qui font ce genre de compétitions doivent être au sommet de leur forme pour se hisser sur le podium. Sans compter que le niveau est absolument phénoménal : grimper du 5.14+ et faire du bloc en V13 et plus, c’est standard.

Cela dit, le format de la compétition à Tokyo risque de vous faire grincer des dents. Si vous n’étiez pas au courant, il faut que les grimpeurs fassent de la difficulté en voie, du bloc ET de l’escalade de vitesse. Donc demander à Alex Megos ou Akiyo Noguchi de bien faire dans les trois disciplines. C’est comme si Usain Bolt devait faire les sprints et le marathon pour décrocher la médaille en «course».

Qu’à cela ne tienne, ce format de compétition ne durera que le temps des JO de Tokyo. Déjà, pour Paris, en 2024, les trois disciplines ont été séparées. Et puis, pour plusieurs athlètes, ce sera leur unique chance d’obtenir une médaille olympique, ce qui n’est pas rien.

J’ai parlé JO avec François Parisien, parce que c’est lui qui va être un des commentateurs lors des compétitions. Vous le connaissez peut-être déjà comme animateur de foule et commentateur dans les compétitions chez nous. Il va donc commenter les performances des grimpeurs et Philippe Bourdon, entraîneur chez Allez Up, sera analyste sportif à ses côtés. Tout ça se fera de Montréal, pandémie oblige, les équipes envoyées au Japon sont restreintes.

Pour François, donc, « le grimpeur qui va gagner les prochains Jeux olympiques, c’est le grimpeur le plus complet, pas nécessairement le plus fort dans chacune des disciplines », dit-il par rapport au format à Tokyo.

Le Canada a-t-il des chances de décrocher une médaille, avec ses deux athlètes Sean McColl et Alannah Yip? Ironiquement, un obstacle majeur pour eux, c’est le Canada. L’approche stricte en matière de santé publique a fait en sorte que les deux athlètes n’ont pu participer qu’à un événement international avant les JO, la compétition de Salt Lake City. Moins de possibilité de parfaire son approche, moins de possibilité d’essayer d’autres problèmes… «Une médaille serait vraiment incroyable. Sean et Alannah ont peu voyagé pour faire des compétitions, alors que tout le monde était présent. Ils vont aller aux JO avec pratiquement aucune compétition dans le corps», explique François Parisien. Peut-être seront-ils parmi les 5 ou 10 meilleurs?

Inutile de vous dire à quel point l’escalade a gagné en popularité au cours des dernières années. Vous l’avez probablement constaté – à la paroi ou en salle. La présence de l’escalade aux JO risque d’ajouter du super carburant à cette croissance déjà fulgurante. Vos oncles, tantes, neveux, nièces et ami(e)s vont pouvoir voir, et mieux comprendre ce qu’est l’escalade. « Une belle vitrine » pour le sport, selon François Parisien. « Je pense que ça va vraiment continuer d’exploser. Et ça va rendre le circuit plus homogène parmi les grimpeurs. Le bassin d’athlètes va être plus grand. Les gens vont aussi comprendre que c’est un sport sérieux avec un entraînement sérieux en arrière-plan. Le niveau de grimpe, de difficulté, va augmenter. »

Autre impact phénoménal de cette présence olympique : le sport va recevoir un soutien financier plus important. Alors qu’il y a encore quelques années, grimper de façon compétitive voulait dire se faire payer les frais d’admission dans les compétitions en représentant un gym, aujourd’hui, les athlètes qui se classent bien peuvent obtenir des bourses pour leur permettre de s’entraîner. « Si tu es un athlète élite, tu peux recevoir jusqu’à 4000 $ du gouvernement québécois pour faire de la compétition internationale », m’explique François. Des grimpeurs de chez nous peuvent donc obtenir, potentiellement, des dizaines de milliers de dollars par année s’ils sont sur des podiums.

L’escalade va-t-elle devenir un sport « sérieux » et aseptisé? Non, les expéditions et les voies périlleuses dans des terrains accidentés ne cesseront pas demain. Mais l’escalade sur plastique risque de continuer de croître, entraînée par la compétition, et ça pourrait ensuite se ressentir dehors. Davantage de jeunes sur les parois ou à ouvrir de nouveaux blocs? Peut-être… ou peut-être pas. Peut-être que les amateurs de mouvements de ninja vont préférer rester à l’intérieur.

Vous voulez verser dans les prédictions? 8a.nu (oui, ça existe encore!) vous permet de vous prononcer ici.

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