Ouvrir la voie

Fred Charron en action | Crédit Photo: Nicolas Charron

Par David Savoie

Il est l’un des ouvreurs les plus certifiés au Canada, il est également un grimpeur chevronné, et depuis maintenant deux ans, il est aussi le copropriétaire de la salle de bloc Bloc Shop, à Montréal. EscaladeQuébec s’est entretenu avec Fred Charron pour discuter escalade intérieure et ouverture.

EscaladeQuebec: Depuis combien de temps tu grimpes ?
Fred Charron: 17 ans.

EQ: Quand as-tu commencé à ouvrir ?

FC: En 2007. Et ma première compétition, c’était en 2009.

EQ: L’escalade intérieure a pris une place importante dans le sport récemment. Comment tu décrirais le milieu à l’heure actuelle, pour la compétition et l’ouverture ?
FC: Je dirais qu’au niveau de l’ouverture, ça évolue énormément, probablement même plus que la compétition en général. Là, ce qui arrive, c’est que présentement, au Québec et en Ontario, les circuits provinciaux sont mieux organisés, ça se développe vite. Il y a beaucoup plus de participation au niveau élite. Et le niveau junior, depuis le début, ça progresse et ça n’arrête pas de progresser. Ça, ça va super bien. Au niveau adulte, on voit qu’il y a beaucoup plus d’adultes qui participent de façon « professionnelle », disons, en voie et en bloc. Mais le niveau des compétiteurs, surtout au niveau élite n’est pas très avancé, comparativement à l’extérieur du Québec, surtout à l’international. Il faut juste qu’il y ait un prochain Sean McColl qui apparaisse, et pour ça, il n’y a rien à faire, ça va venir. Au niveau de l’ouverture, ça évolue beaucoup. Il y a beaucoup de gens qui s’impliquent. Moi, ce que j’ai essayé de créer – et c’est pour ça que j’ouvrais toutes les compétitions au début – c’était de pousser la « patente », le plus que je pouvais. Ç’a vraiment eu un effet positif, je pense, parce qu’en fin de compte, il y a des gens comme Nic Vouillamoz et Adrian Das qui ont comme pris la relève et maintenant, ça se multiplie. Les gens s’attendent à une certaine qualité, au niveau de l’ouverture, au niveau des événements.

EQ: C’est quoi, l’importance de l’ouverture ? À la fois pour l’escalade à l’intérieur et les compétitions ?
FC: C’est énorme ! Je ne sais pas comment le comparer à d’autres sports. Si l’ouverture n’est pas bien faite, le circuit est nul. C’est donner la possibilité aux athlètes de se démontrer. Si l’ouverture est bien faite, on va nécessairement sélectionner le ou les meilleurs athlètes. Et on sait quand on réussit à ouvrir un événement comme il faut, tu vois le podium, et tu sais que c’est l’athlète qui est était le mieux préparé.

EQ: On m’a parlé d’une anecdote: le premier chèque que tu as reçu pour ouvrir une compétition, à Québec à l’époque, c’était 100 $ pour un événement en 2010.
FC: Dans ce temps-là, tout le monde était bénévole, parce que quand on organisait des événements, c’était toujours déficitaire et c’était sous-entendu que les ouvreurs étaient bénévoles. À ce moment-là, je prenais toutes les « jobs » possibles, tu te cherches de l’expérience.

EQ: Qu’est-ce qui a changé depuis ce temps ?

FC: Beaucoup de choses ! À la base, maintenant, les gens appliquent pour les compétitions sanctionnées, et ça prend un ouvreur certifié par la FQME. Il y a aussi un salaire minimum et l’ouvreur peut demander un supplément. Le standard, pour des ouvreurs nationaux, c’est 250 $ par jour. Ce n’est pas énorme pour la charge de travail.

EQ: Et qu’est-ce que ça change, le fait que les ouvreurs soient payés ?
FC: C’est sûr que ça encourage les gens à s’impliquer plus. Ce n’est pas comme avant – avant, c’était vraiment un risque. Des gens peuvent décider de faire ce travail-là, il y a de l’emploi, si tu es moindrement bon.

Crédit photo: Nicolas Charron

Photo: Nicolas Charron

EQ: Qu’est-ce qui fait un bon ouvreur ?
FC: À la base, il faut que ce soit un bon grimpeur polyvalent. Après, c’est vraiment la motivation. Ça veut dire aussi d’avoir une bonne attitude. Les ouvreurs, il y a vraiment un problème au niveau de l’ego. Quand tu fais de l’escalade, tu n’es pas payé beaucoup, tu n’as pas beaucoup de reconnaissance, surtout à l’extérieur du milieu de l’escalade. Veux, veux pas, tout le monde veut avoir un bon travail et un bon salaire. Quand tu arrives et tu dis ‘je suis ouvreur’, les gens ne comprennent pas. Déjà, au chapitre de la reconnaissance, 95 % des gens pensent que ton emploi, c’est une blague. C’est vrai ! Après, dans le milieu, oui, les gens te respectent, mais ne comprennent pas à quel point tu fais un effort. Même les compétiteurs qui sont sur le circuit depuis 10 ans ! Après, quand vient le moment de faire ton travail, c’est comme tout ce qui nous reste. C’est un défi constant de contrôler ton ego. Parce que l’ego empêche de t’améliorer. À la base, c’est ce que je pense ce qui empêche beaucoup d’ouvreurs de s’améliorer. Il faut pouvoir se remettre en question. Il faut être motivé parce que c’est ultra-exigeant. Ça prend une grosse capacité physique et mentale. Surtout pour une compétition. Il faut aussi être professionnel.

EQ: C’est quoi la différence d’approche à l’escalade entre un grimpeur et un ouvreur ?
FC: Tous les ouvreurs sont différents. Mais à un certain point, je pense qu’il faut abandonner les idées. À la base, un ouvreur, c’est un grimpeur. Il faut grimper pour son propre plaisir. Et il y l’ouvreur qui essaie de comprendre tous les autres grimpeurs. On ne peut pas se limiter à notre escalade personnelle. Comme moi, mon but, c’est de m’entraîner pour être capable de tout grimper, de tous les styles. Quand on ouvre une compétition pour les hommes, il faut être capable de grimper comme le meilleur homme au Canada. Quand on fait une compétition pour des filles de 8 ans, il faut penser à comment une fille de 8 ans grimpe. Moi, je me mets dans la peau des gens. Il faut constamment apprendre toutes les possibilités. Ça m’arrive constamment d’ouvrir des blocs que je n’aime pas. Il faut séparer mes goûts personnels de ce que les gens vont aimer.

Crédit Photo: Nicolas Charron

Photo: Nicolas Charron

EQ: Quel est l’avenir des ouvreurs au Québec selon toi ?
FC: C’est très difficile à dire, parce que le sport évolue énormément. Tout le monde qui est actif fait beaucoup de recherches, pour voir ce qui se fait ailleurs. Il y a beaucoup plus de trucs de coordination, des volumes. C’est sûr qu’on s’en va plus vers ça. Donc les ouvreurs d’ici doivent apprendre à ouvrir comme ça. Il y a eu une époque où les ouvreurs n’avaient pas le niveau, comme grimpeurs. Et je pense que ça, il va y en avoir de moins en moins, parce qu’on s’en va vers des blocs acrobatiques. Il faut les tester et si tu es incapable de les tester, tu ne parviendras à les améliorer.

Top 4 des voies/blocs

– Black shadow, Rocklands
– Minky, Roclkands
– Man with slow hands, Horse Pens
– 30 ounces of justice, Red River Gorge

Crédit Photo: Nicolas Charron

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