Patrice Beaudet

Depuis combien de temps grimpes-tu et qu’est-ce qui t’a emmené à la grimpe?

Je grimpe depuis 26 ans. Sur une vieille photo d’un toit où se trouvait un alpiniste coincé pêle-mêle dans son macramé avec tout son matériel. Ces cordes, ces nœuds et cette quincaillerie m’intriguaient. Comment ça fonctionne et pourquoi tel et tel chose me disais-je. Et c’est en pratiquant la randonnée pédestre que j’ai découvert l’escalade. Au fur et à mesure que le sentier s’inclinait et que j’avais besoin de mes mains, j’avais l’impression de grimper. Mais en réalité j’étais toujours sur des sentiers de chèvres. Dans mon enfance lorsque mon cousin Gilles montait toujours plus haut que moi dans les arbres, j’étais incapable de le suivre. J’avais la frousse, fasciné par la hauteur. Ce fût à l’été 82 que j’ai eu mon baptême de roche à 21 ans, au Lac Larouche, avec Luc Rancourt, Patrick Guillomar et Christine Carroll. Je me rappelle de ma première voie, La Mère, une 5.6 à l’époque, que nous grimpions avec nos bottes de randonnée rigides.

Pratiques-tu tous les styles de grimpe (trad, sport, bloc, glace, alpin) ? Lequel préfères-tu?

J’aime tout les styles d’escalade et j’essais d’en pratiquer le plus possible. Cependant il y a certains styles qui sont plus rare tels l’artif (je n’ai pas de ledge), les murs intérieurs (j’aime mieux être au grand air) ou encore le bloc que je pratique rarement (sauf aux plaines d’Abraham à la Terrasse Grey, ce gros bloc long de 300m). Le genre d’escalade qui m’excite vraiment, c’est les multi-longueurs. Grimper des heures durant toujours dans la même voie pour revenir à la frontale, comblé et satisfait, voilà ma façon de profiter pleinement d’une seule journée de congé. Fatigué, mais heureux! J’ai toujours aimé l’hiver et à mes débuts je préférais de loin l’escalade de glace, pour ce contact avec la montagne qui rapproche du style alpin. Et ce l’est encore aujourd’hui même si l’escalade traditionnelle de rocher, que j’affectionne grandement, procure une plus grande diversité de passage clef. J’aime explorer, toujours grimper une nouvelle voie et voir du pays.

Tu as deux jeunes enfants, pour les parents du site, comment arrives-tu à concilier escalade-famille?

Les Air-Lousses ! Je parlerais plutôt de responsabilité parentale et de complicité de couple. Lorsque Sarah est arrivé il a 9 ans, 90% de mon temps libre s’est retrouvé hypothéqué. On m’avait prévenu! Avec Félix qui a suivi deux ans plus tard, il ne me restait que 1% de temps libre. Nos enfants sont devenu notre priorité. C’est alors qu’il a fallu explorer toutes les décimales qu’il y avait entre 0% et 1 % du temps libre disponible (merci Martin!). Généralement, les fins de semaine sont réservées pour des activités familiales. L’escalade avec les enfants fait parfois partie de ces activités. Mais la plupart du temps c’est un peu grâce à mon horaire de travail, sur les quarts, que j’arrive à me trouver des blocs de temps pour grimper pendant que les enfants sont à l’école. Pour une journée complète, nous nous échangeons la responsabilité des enfants, comme le ferait une garde partagé, pour nous permettre, Sylvie et moi, de vivre un peu avec nos amis, chacun notre tour.

Ton plus beau voyage de grimpe où était-ce?

Un voyage de glace en Gaspésie en mars 1996, où j’ai eu la chance de jouer avec les grands. C’était un rendez-vous à Mont St-Pierre avec Stéphane Lapierre, Guy Lacelle, Bernard Mailhot, David Burger, un guide du Colorado, Joe Josephson & Margot Talbot, des gens très sympathiques et accessibles, qui ont partagé leurs trésors avec moi. Ce fût une expérience inoubliable, une semaine très fructueuse en ouverture de voies et riche en conseils techniques. Je venais d’apprendre tout autant que 5 années d’expérience. C’est à ce moment que mon niveau a monté d’une coche et que j’ai vendu mes Grivel Courmayeur de 43cm pour des Quasars de l’année 😉

Et ces journées de grimpe, comment les apprécies-tu désormais?

Plus que jamais, car elles ne sont plus aussi nombreuses que dans le passé, mais tellement nécessaires à mon équilibre de vie moderne. Elle permettre d’évacuer le stress de mon travail et mes partenaires maintenant plus nombreux, me permettre de grimper durant les jours de semaine.

Des projets de voyage, si oui, où?

Je suis en train de préparer mon voyage de noce pour le mois d’août. Et oui! Après tant d’année à me passer la corde autour de la taille, je peux bien me la passer autour du cou! Ce sera un voyage de randonnée et d’escalade dans l’ouest. Destination Yosemite et les High Sierra. Je rêve encore au Cervin?/p>

Déjà eu une épopée de grimpe? Si oui, raconte un peu.

Oh boy! Dans Old Cannon, une 5.6 de 250m à Cannon en 1995. J’étais avec ma conjointe et on ne s’était pas renseigné sur cette voie abandonnée. Les relais de la fin étaient pourris. Sur une vire j’ai trouvé un bout de sangle enterré par 6 pouces de terre sous lequel un vieux piton rouillé existait encore. Le soleil se couchait et il n’était pas question de rappeler dans cette merde. Il restait une longueur et je me demande si on était encore dans la voie. Tout ce qu’on touchait bougeait. On avait la chienne, vraiment la peur de foutre le camp. On a réussi à sortir, mais à la noirceur. On ne voyait plus rien, pas de sentier de descente, pas de frontales. On s’est rendu finalement à l’orée de la forêt pour se coucher en culotte courte et T-Shirt, l’un contre l’autre en cuillère pour se réchauffer sur nos cordes, en attendant la levée du jour.

Un dur coup que j’ai subi, fût la perte de mon ami Simon Proulx, 2 mois après avoir ouvert ensemble la voie qui porte maintenant son nom. Simon, son fils et 2 autres compagnons firent une chute de 3000′ dans le couloir Messner à la descente du Mt Denali en mai 1992.

Tes plus grandes inspirations, ou les grimpeurs qui t’ont motivé, ou une personne que tu admires dans le monde de la grimpe?

J’admire les exploits de nos pionniers. Considérant l’équipement du temps et la protection, ils exploitaient à fond leur capacité physique et mental. Je suis également impressionné par les jeunes qui continuent de repousser les limites de l’escalade. Mais il y a aussi ceux qui travail pour la collectivité. Arian Manchego et son projet colossal du Lac Long et Stéphane Lapierre et ses livres guides ne sont que des exemples de bénévolat touchant beaucoup de grimpeur. Lorsque j’ai vu le topo haute résolution du Mont du Gros Bras affiché par François-Xavier Garneau, mon cœur n’a fait qu’un tour. Je salive déjà pour celui du Dôme. Ce sont des années de plaisir à venir !

Tu ne pars jamais grimper sans?

Consulter mes sites météorologiques, et ma frontale!

Top 5 Parois
Cannon: pour les plus longues voies de la région.
Les Gunks: Quel choix ! C’est mon voyage annuel au début mai.
Les Grands Jardins: le fast-food du multi-pitch, à 1h20 de chez moi.
Le Pinnacle: un bijou! Mes souvenirs en Estrie.
Whitehorse: pour faire du multi-pitch avec les enfants.

Top 5 Voies
Modern Times 70m 5.8+ Trapps, Gunks en août 1991. Un surplomb à couper le souffle, beaucoup de papillon dans l’estomac avant de me lancer dans le toit. Ma préférée !
Le Mulot 210m IV 6R sur la rivière Ste-Marguerite, Côte-Nord. Ma plus dure ouverture en glace. Dès le départ j’ai cassé les 4 premières dents de mes deux Quasars et j’ai terminé avec. Fait en février 1997 avec Mario Mélançon, on a pris 25 heures pour l’aller-retour de la tente, utilisant un détour pour descente à pied.
Solar slabs 550m 5.6 (5.8) Red Rocks, au Névada. Ma plus longue voie de rocher. Du rocher à avaler sans fin. Une autre grimpe épique qui a pris 25 heures aller-retour. Fait avec Gabriel Filippi en octobre 1991, nos frontales ont lâché dès le début de la descente ne trouvant plus les stations de rappel. Mais il faisait chaud cette fois-ci !
Alpamayo 5947m route Ferrari AD+. La plus belle montagne ? Belle aventure fait avec Gabriel en juin 1997. Elle était sur ma  » tick list  » depuis longtemps.
VMC Direct Direct 360m 5.10+. Wow ! Neuf longueurs de pur délice. Fissure, pontage, friction, de tout de tout. Fait en second avec François Lareau en juin 2002.

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