Pour attaquer son projet

C’est septembre, et il y a dans l’air cette petite brise un peu plus fraîche qui laisse espérer une température plus clémente pour enchaîner vos projets. Septembre, c’est bien, octobre, c’est encore mieux, novembre, c’est l’idéal, diront certains. Donc voilà venu le temps de serrer les dents et les doigts pour finir un bloc ou une voie… Mais alors, comment procéder pour attaquer et, peut-être, finir son projet? Voici quelques trucs, qui sont le fruit de dizaines d’années d’expérience (à surtout échouer sur des projets, et parfois, les enchaîner…).

Nicolas Charron qui pratique la chorégraphie de son projet.

  • Peaufiner votre séquence : si vous avez dans la mire une voie ou un bloc, il est probable que ce soit devenu une légère (ou lourde) obsession. Vous y pensez régulièrement et vérifiez la météo pour savoir quelle sera votre prochaine fenêtre… Ne gaspillez pas de belles journées à travailler la séquence, et assurez-vous d’être en mode d’enchaînement! Pour ce faire, investissez assez de temps pour bien connaître votre méthode dans les passages clés. Et regardez bien toutes les prises (pieds et mains), pour vous faire un schéma mental. Quand vous arriverez dans ce passage, ce sera familier et vous pourrez penser enchaîner plutôt que de refaire encore les mouvements;
  • Soyez intolérant face au gaspillage : à moins que vous ne soyez un(e) mutant(e) de l’espace, vous avez un nombre limité d’essai pour tenter d’enchaîner votre projet. Donc soyez efficace : réchauffez-vous, mais pas trop. Et ne gaspillez pas d’essais inutilement. Si vous voulez profiter de la gloire de « clipper » les chaînes ou de mettre la main sur la prise finale de votre bloc, vous devez être spartiate dans les essais. Vous sentez fatigué(e)? Attendez encore un peu. Un essai de trop pourrait faire la différence… Certes, il y a des grimpeurs qui parviennent à enchaîner les voies à la fin d’une longue journée, mais limitez vos tentatives vous permettra de faire des essais de qualité. Personnellement, je ne grimpe pas à mon meilleur à la fin d’une session…
  • Développer vos tactiques : le projet s’étire? Il faut commencer à faire un siège – du moins, si vous voulez vraiment conquérir votre projet. Et là, plusieurs stratégies peuvent être intéressantes. Faire un journal ou un dessin du beta de la voie ou du bloc. Établissez-vous une séquence dans votre réchauffement, pour vous mettre dans des dispositions physiques et mentales propices à l’enchaînement. Refaire des passages clés durant le réchauffement en brossant les prises qui vous embêtent. Ou l’ensemble de ces trucs fonctionne aussi très bien.
  • Apprenez à connaître la bête : votre projet est à l’ombre à quelle heure? Quand la roche reçoit-elle beaucoup de soleil? S’il pleut, quelles portions pourraient être mouillées? Si vous apprenez à connaître le « micro-climat » de votre némésis, vous mettez toutes les chances de votre côté d’arriver au rocher avec les meilleures conditions possibles. Vous manquez d’informations? N’hésitez pas à contacter des grimpeurs qui l’ont enchaîné! Eux/elles aussi ont déjà été obsédé(e)s comme vous!
  • Apprenez vos limites : ah, vous vous sentez si proche de l’enchaînement, il ne suffirait que de faire quelques tractions à un bras, et tout irait bien? J’ai de mauvaises nouvelles pour vous : il est très peu probable que vous puissiez entraîner des aspects physiques spécifiques pour un projet en quelques semaines. Il faut préparer tout ça des mois à l’avance. Si vous vous sentez plus fort(e) sur les prises, il est fort probable que ce soit de l’adaptation (et non un énorme gain physique). Mais, bonne nouvelle, ces adaptations pourraient être suffisantes pour enchaîner. Quand vous êtes en mode enchaînement, c’est le temps de diminuer l’escalade à l’intérieur pour garder le corps frais et dispo pour la roche. Il faut aussi maintenir le corps en bon état durant cette période qui peut être exigeante, donc par exemple, travaillez la mobilité lors de vos journées de repos et hydratez-vous correctement.
  • Les derniers miles : l’hiver approche, vous êtes si prêt du but, il ne suffirait que d’une session pour parvenir à enfin abattre le projet – qui pourrait vous hanter durant tout l’hiver! Il faut, parfois, faire face à des conditions plus rigoureuses pour tenter d’enchaîner. Et ça vous fera des histoires mémorables. Si le mercure descend, adaptez-vous. Assurez-vous d’avoir des épaisseurs que vous pourrez enlever (une fois réchauffé(e), vous pourriez trouver que vos trois chandails sont superflus), amenez pochettes chauffantes et réchaud (ou breuvage chaud). N’oubliez pas les manteaux et les gants (ou des mitaines). Vous pouvez pousser la stratégie jusqu’à amener un sac de couchage au besoin. Je me souviens avoir enchaîné une voie alors qu’il faisait un ou deux degrés, après avoir bu une soupe chaude. Revigoré et les doigts juste assez chauds (et juste assez froids aussi) avaient pu me tenir sur le mur. Mais le lendemain, ça aurait été impensable.

La morale de l’histoire? Approcher un projet avec des stratégies en tête vous permet de mettre les chances de votre côté. Parfois, aussi, il faut mettre les stratégies de côté et foncer. Idéalement, vous parvenez à enchaîner la voie ou le bloc qui vous titille. Et oh, voilà que vous remarquez qu’il y a une voie, juste à côté… qui pourrait être un bon projet…

Be the first to comment on "Pour attaquer son projet"

Leave a comment