Projets majeurs de développement aux Palissades

L'Arrête aux Palissades | Photo: Ian Bergeron

J’ai profité d’une journée familiale aux Palissades de Charlevoix pour retourner au site où j’ai fait mes seconds pas en trad, il y a une 15e d’années. L’occasion était belle pour initier mes enfants aux hauteurs et de prendre des nouvelles sur les projets qui entourent l’endroit. Durant le parcours de la via ferrata avec les enfants, je me suis informé auprès de François-Guy Thivierge sur ses projets concernant le site. Il y en a deux majeurs qu’il espère mettre en branle dans un avenir rapproché.

Le site des Palissades est immense et offre beaucoup de possibilités | Photo: François-Guy Thivierge

On veut faire des Palissades le Kamouraska de la Rive NordFrançois-Guy Thivierge
Le premier est une autre via ferrata qui parcourrait la partie supérieure des parois et qui se ferait de manière autonome (sans guide) par les participants. Sa longueur imposerait qu’elle se fasse sur 2 jours avec un point de camping à mi-parcours. Ceci en ferait la plus longue via ferrata au Canada.

Le second projet, qui devrait interpeller davantage la communauté de grimpeurs, est le développement de près de 200 voies équipées. « On veut faire des Palissades le Kamouraska de la Rive Nord », de me dire François-Guy. Pour ce faire, il désire former et rémunérer des ouvreurs afin que les voies soient faites selon les règles de l’art.

Parlons immédiatement de l’éléphant dans la pièce, soit l’équipage de voies et de via ferrata. Ce n’est pas d’hier que le « boltage » en fait sursauter (pour rester poli) plusieurs, incluant l’auteur de ces lignes. Mais je suis forcé de me rendre à l’évidence: ce genre de développement attire un grand nombre de grimpeurs et aussi de touristes. Avant le développement des Palissades, l’achalandage y était anémique. Au plus une dizaine de personnes les longs weekends. J’ose même croire que bon nombre de détracteurs du développement du site n’y ont pas mis les pieds depuis belle lurette.

Les Grandes Dalles sont des voies de 400m avec des cotes modérées. Rare au Québec! | Photo: Ian Bergeron

Regardons les choses objectivement: combien de sites bien équipés avons-nous dans la province? Très peu. Les beaux et gros sites essentiellement trad sont bien préservés au Québec. Pensons aux Grands Jardins, Hautes Gorges, Pinacle, Grand Morne, etc. Combien d’entre nous sommes allés, pour notre plus grand plaisir, à Kamou ou Rumney ? Deux sites assez bien équipés merci. Finalement, regardons du côté de l’Europe. Les sites équipés sont la norme et plusieurs d’entre nous sommes allés y grimper sans vraiment se plaindre de cette autre réalité. Désirons-nous que le Québec devienne comme l’Europe? Peut-être pas, mais je pense que l’on peut tout de même atteindre un certain équilibre.

En fin de compte, je préfère voir les Palissades se développer que de les voir devenir un parc de la SEPAQIan Bergeron
Évidemment, ce genre de site diminue l’aspect aventure de la grimpe et fait davantage appel au côté sportif. Avec la croissance de la popularité de l’escalade, l’arrivées du sport aux Olympiques, je pense que d’avoir un autre site bien équipé au Québec n’est pas du luxe. Cela fera en sorte de désengorger d’autres sites comme Kamouraska et permettra à un plus grand nombre d’adeptes de profiter des joies du rocher.

Je suis conscient que mes propos ne feront pas l’unanimité et seront décriés par plusieurs. Tout comme je suis convaincu qu’une fois développé, l’endroit connaitra un achalandage élevé. En fin de compte, je préfère voir les Palissades se développer que de les voir devenir un parc de la SEPAQ où le développement se ferait sans nous, pour une toute autre clientèle.

Avouons-le, les Via Ferrata pour initier les enfants, c’est magique | Photo: François-Guy Thivierge

12 Comments on "Projets majeurs de développement aux Palissades"

  1. Je connais pas les Palissades mais je pense qu’avoir 2-3 GROS sites de sport au Québec c’est pas un crime. Faut que le boltage soit intelligent par contre; une belle voie trad qui se protège bien en trad ne doit pas être boltée! Des belles dalles run-outs par contre peuvent devenir des voies sport intéressantes.

  2. Business is business.

  3. Quoi penser de tout ça… Je lève mon chapeau à ceux qui prennent part au développement du sport. Que ce soit à l’origine un élan égoïste qui mène à ouvrir de nouvelles lignes, on sait que la finalité retourne pour le bien de la communauté des grimpeurs. Seulement, je ne peux m’empêcher d’avoir des questionnements sur le virage que le développement des sites naturels semble vouloir prendre, soit celui d’un développement organique, suivant des éthiques d’autonomie, de responsabilité individuelle, d’expérience et d’acquis pour s’aventurer dans la verticalité vers un développement commercial imposé. Je ne dis pas que c’est mauvais, je me demande juste qu’est-ce qui va arriver avec la pratique, avec les sites et finalement avec les pratiquants…

    Fini l’époque du beatnik sur l’acide qui avait l’illumination devant son runout trad sur une slab en 5.12R. On est rendu à avoir des obligations de bolter au 3 pieds car les assurances auront mis une norme pour l’éligibilité. En même temps, si il y a plus de monde sur la roche, ça veut dire qu’on est plus fort comme communauté, plus de poids dans la balance quand vient le temps de négocier à savoir si la création d’un parc où se trouve une falaise serait plus pertinent que de vendre le terrain au premier contracteur qui veut faire une chiée de condos sur le top.

    Il y a assez de roche au Québec pour développer des sites, peu importe leur vocation, anyway. J’ai juste peur que le pratiquant typique de l’escalade extérieure ne devienne celui qui a des bas blancs dans ses varappes molles et sa carte de gym attaché avec un élastique à son harnais… ;P

    Il y a un article dans le dernier numéro du gripped justement qui parle de la pertinence d’une organisation au niveau national pour gérer les accès. Qui dit accès dit nécessairement développement et éthique. J’adore personnellement cette idée et j’espère que ça verra le jour sous peu.

    Au final, j’ai ben hâte d’aller aux Palissades, que ce soit pour clipper des bolts ou placer des pros! 😀

  4. >> On est rendu à avoir des obligations de bolter au 3 pieds car les assurances auront mis une norme pour l’éligibilité.

    Hmm un peu fort là mon Serge! À l’extérieur nous n’avons aucune obligation de bolter comme ceci ou celà. Mais effectivement, avec le temps on voit que le boltage est devenu plus serré et que les normes pointent vers des trucs comme une bonne protection pour les départs, par exemple. Mais même avec ça on voit régulièrement des grimpeurs – typiquement des gars – faire à leur tête et ouvrir un truc scary pareil. 😀 😀

    Je pense que le futur de notre sport reste entre nos mains. Tant ceux qui ouvrent les voies, comme ceux qui rédigent les topos et ceux qui travaillent comme formateurs afin de faire progresser le monde. Alors, faisons de quoi à notre image! Et restons dedans, car c’est seulement au long terme qu’on peut voir les résultats.

    Pour les Palissades? Encore une belle falaise, comme il y en a tant au Québec. Vous savez, si vous voulez vraiment de l’achalandage, j’investirait plutôt dans la science quantique, afin de trouver une manière de soulever tout ce beau rocher dans les airs… et le déposer sur la rive sud de Montréal. Haha 🙂

  5. Disons que je rephrase Arian –  » – si ça dérappe – on pourrait imaginer qu’il faudra bolter au 3 mètres pour que le site et le pratiquants puisse être couvert… » 😀 j’espère que c’est moins mêlant de même ;P

  6. Je ne savais pas que tu étais pour un troisième lien, Ian.

  7. Belles paroles gang!
    On s’en sacre tu…j’un endormitouère!

  8. Je ne suis pas pour un 3e lien, mais un premier lien St-Irénée –> La Pocatière! Un beau long tunnel… @Arian, si on transporte le tout sur la Rive-Sud de Montréal, il vont trouver une manière de nous bloquer l’accès à cause de deux ou 3 fougères, tout en ouvrant un carrière sur un flanc des Palissades. Aussi bien les garder ici.

  9. Dans les deux cas ce sont les mêmes arguments : construisons, ça va amener du monde ! Or, le boltage récent aux Palissades (et le modèle de développement en général) ne laisse rien présager de bon. Manque de vision d’ensemble, manque de formation, aucune direction. Rien qui ne mérite pareil publireportage. 200 voies boltées ? Qu’on m’en donne 10 de qualité pour débuter. Je n’ai rencontré que du monde sympathique sur les lieux, j’en conviens, mais personne qui ne connaissait ses classiques. A ce que j’ai cru comprendre, les guides X-quelque-chose n’avaient même pas le temps de grimper !

  10. Je me dis qu’il faudrait mettre sur pied un registre des ouvreurs des voies du Québec. Histoire de leur jaser avant de modifier/bolter/renommer leur création. On réussi souvent à savoir qui a ouvert quoi, mais faudrait un fichier complet, un guide de ça. Les palissades sont à développer pour sûr, mais il faut vraiment garder les belles lignes de Trad du genre : La Granuleuse dans les Grandes Dalles (ouverture Yannick Girard. L’aspect  »aventure » doit être conservé à certains endroits et d’autres non. C’est ça qui fait du Québec un lieux de grimpe où tu peux trouver ton compte! Donc, une petite concertation des grimpeurs qui connaissent les parois à modifier pour décider quelles lignes équiper…

  11. >> 200 voies boltées ? Qu’on m’en donne 10 de qualité pour débuter.

    Bien dit P-A. Si on cherchait dans l’ouverture de voies un côté « artistique », il se trouve dans la découverte et la révélation de belles lignes de grimpe. C’est quelque-chose qui se fait, une voie à la fois. L’âme ou l’essentiel de notre sport se perd rapidement quand on tombe dans la course aux chiffres et qu’on ouvre « un maximum de voies ».

  12. J’avoue que 200 voies est un volume de travail non négligable. On parle de 2 à 5 jours par pitch… si on veut faire un travail durable ou on est fier de le présenter aux autres gripeurs. L’idée est bonne, mais le lapse de temps trop cours, développons 5 à 10 voies digne de se déplacer et le reste va suivre son chemin.

    Anyways, si on se fie à kamou c’est beau il y a tout pleins de belle voies, voir même des classiques .. à rénover.

    Pour finir j’investirais dans un herbicide bio destructeur d’herbe à puces.

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