Moment légendaire: la première du Toit de Ben en 1958

Un moment emblématique de l'histoire de l'escalade du Québec capté sur le vif. Photo : collection Bernard Poisson.

Par Hugo Drouin

Les exploits des pionniers de l’escalade inspirent et font rêver. Après plus de 10 ans d’expérience sur les falaises de la belle province, je me suis lancé dans un nouveau grand projet: la rédaction d’un livre sur l’histoire de l’escalade au Québec. Depuis deux ans, je recueille donc la matière première de cet ouvrage en sillonnant la province à la rencontre des grimpeurs de toutes les générations qui ont le plus influencé le développement des sports verticaux chez nous.

Récemment, j’ai eu le privilège d’échanger avec Bernard «Ben» Poisson, figure de proue de l’escalade au Québec dans les années 1950. À 85 ans, Bernard est toujours aussi passionné et, avec intérêt et modestie, il m’a aidé à retracer une partie importante de l’histoire de l’escalade au Québec.

Je partage ici un premier extrait de Roche, glace et fleurdelisé, le livre complet qui paraîtra en 2017. Il s’agit du compte rendu d’un moment emblématique des années 1950: l’audacieuse ouverture du toit du Mont-King en escalade artificielle.

Récit de la première ascension du Toit de Ben.

Bernard «Ben» Poisson dans la première du Toit. Photo : collection Bernard Poisson.

Bernard «Ben» Poisson dans la première du Toit. Photo : collection Bernard Poisson.

Formes, objets, structures: Bernard Poisson s’y connaît. Longtemps avant l’avènement des technologies multimédias, il s’est illustré toute sa vie comme maquettiste et artisan, concevant et fabriquant des objets de toutes sortes destinés aux plateaux de télévision de Radio-Canada.

La création la plus célèbre de cet artisan-grimpeur ne se trouve pas dans un musée ni dans un local fermé à clé de la tour du diffuseur national. Elle prend plutôt la forme d’un tracé d’escalade de rocher aérien et avant-gardiste situé dans les Laurentides au nord de Montréal.

Quand le grimpeur-géomètre met les pieds pour la première fois au Mont-King de Val-David, son regard est immédiatement attiré par le spectaculaire plafond qu’il a rendu célèbre. «Quelle chance, il y a une fissure!» se dit-il. La géométrie parfaite du toit du Mont-King et sa nature aérienne défient toutes les conventions et stimulent le grimpeur.

Sans se poser davantage de questions, le pionnier de l’escalade au Québec retourne à son atelier et confectionne un jeu de coins de bois. Leur profil trapézoïdal est savamment conçu pour épouser les pourtours de la cassure du toit du Mont-King.

Le 14 septembre 1958, Bernard Poisson équipe le toit avec son ami Erwin Hogson. Dès la fin de semaine suivante, il est de retour au Mont-King avec Claude Lavallée.

Un simple baudrier de poitrine et des échelles (étriers) munies de marches métalliques acquises chez Montréal Camping et mousquetonnées dans des cordelettes de chanvre enfilées dans les coins de bois lui permettent de progresser dans le vide absolu.

Le maître de la troisième dimension enfonce deux bons pitons à la lèvre du toit, mais la perspective d’un relais suspendu n’enthousiaste pas Claude Lavallée. Poisson fait face à un dilemme : il a repéré une vire une dizaine de mètres plus haut, mais le tirage de la corde rendrait impraticable un telle finale.

Ben décide de risquer le tout pour le tout. Il tire, tire et tire encore de la corde de façon à disposer de suffisamment de jeu pour se rendre à la vire. Une chute avec autant de mou aurait certainement des conséquences dévastatrices! C’est la vire ou le sol!

En cet équinoxe d’automne, Bernard Poisson a la main chanceuse. Il gagne la vire sans complication. Claude Lavallée le rejoint rapidement, empochant au passage la première en libre de la section verticale.

Le fameux Toit de Ben est né le 21 septembre 1958. Il faudra attendre près de trente ans (!) pour qu’un jeune virtuose réussisse en libre cet emblème de l’escalade québécoise, longtemps considérée la voie d’artificiel la plus avant-gardiste de Val-David. Mais il s’agit là d’une autre tranche d’histoire qui sera rapportée plus loin dans cet ouvrage!

Pour davantage d’information sur le projet Roche, glace et fleurdelisé: facebook.com/rocheglaceqc

Bernard Poisson assuré par Claude Lavallée. Photo: collection Bernard Poisson.

Bernard Poisson assuré par Claude Lavallée. Photo: collection Bernard Poisson.

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