Trinithon: le Cap Trinité à la nage

Par Carl Darveau

Une idée folle, un complice, un café, l’odeur du néoprène et c’est parti.

On est jeune, on désire marcher, faire du vélo sans nos petites roues, prendre l’autobus seul, donner nos premiers coups de patin sans tomber et puis nous devenons grand. Je veux encore aujourd’hui m’amuser, me divertir et relever des défis ! Depuis maintenant trois ans que nous parlons de ce projet. Celui de faire de façon continue l’ascension du cap-trinité. Le but est de faire l’approche à la nage, de grimper pour ensuite finir le parcours à la course.

L’idée naît l’été qui a suivi mon déménagement près du lac St-Joseph. J’ai la chance de pouvoir profiter d’un superbe couloir de nage de 200m en milieu naturel à quelques pas de chez moi. Côtoyant des amis qui s’entraînaient pour un Ironman et ayant développé des affinités pour ce sport, je me suis dit pourquoi ne pas combiner le tout.

Jeff étant mon complice de mille et un projets, il n’a pas hésité une seconde à l’idée de faire ce style de triathlon d’escalade un peu osé. À ce moment, je suis emballé de le voir aussi fébrile malgré sa presque virginité en nage. Le temps passe, l’entraînement se poursuit, la vie roule à toute allure mais nous continuons de rêver.

Dans un monde difficile, de « I » performance suggestive et illusoire, ma source de motivation est de guider mon être à vivre le moment présent.

Spinoza disait : « Le bonheur consiste pour l’homme à vouloir conserver son être »

Jeff suggère de grimper le Joyeux luron, une voie libérée en 1992 par François-Guy Thivierge, Yves Laforest et Gilles Brousseau. Il me semblait gentleman d’inclure Francois-Guy à notre équipe. Yves et Gilles, ces deux grimpeurs Québécois renommées, ne sont malheureusement plus parmi nous.

Le téléphone sonne, c’est Jeff : « Chef c’est en fin de semaine prochaine que ça se passe. les conditions sont idéales !! »

Une idée folle, un complice, un café, l’odeur du néoprène et c’est parti.

Il est 5h du matin quand François-Guy comme un coq crie : « C’est l’heure ! » Jeff n’a pas dormi de la nuit, moi moyen, mais pas si mal. La marée est haute à 5h30 et nous avons planifié commencer la nage à 6h.

Après le déjeuner et quelques préparatifs, on plonge. La température de l’eau est correcte tirant vers le frette ! Les brassées s’enchaînent jusqu’à ce que nos mains et nos pieds s’engourdissent par le froid. L’ambiance est féérique. J’ai l’impression d’être en voyage. Engouffré dans un magnifique fjord couvert d’un manteau de nuages à la moitié de la paroi. Au tiers du parcours, je voudrais mettre mes bas de néoprène, mais toute tentative est vaine. Nous poursuivons alors notre labeur pour atteindre la base des parois. Heureusement qu’une embarcation pilotée par François nous suivait afin d’assurer la sécurité et transporter l’équipement d’escalade, mais surtout mon bon petit chocolat chaud de madame Lise.


L’approche est très courte au Cap. À peine quelques minutes plus tard, après avoir pris le temps de nous sécher et de boire une boisson chaude, nous sommes au pied de la voie. Je regarde vers le haut et contemple l’ampleur de ce qui va suivre. La voie est complètement remplie de mousse, terre, feuilles et champignons. À notre gauche, du jamais vu, deux autre cordées. On enfile l’équipement d’escalade et Jeff débute la première longueur qui commence avec un mouvement de style bloc assez intense. Tout va bien pour lui, mais pour ma part, à le voir forcer, je commence à appréhender le départ. Finalement, tout se passe bien. La sueur apparaît sur mon front et je le rejoins au relais. François-Guy nous rejoint rapidement sur corde fixe pour que nous puissions débuter la seconde longueur.

Je débute la deuxième longueur qui me semble magnifique : une belle fissure qui s’est malheureusement remplie de mousse et de terre au fil du temps. Je dois m’arrêter, sortir mon décoinceur et nettoyer le passage, vaché dans un coinceur mécanique. C’est vraiment trop sale. Une pluie de mousse, terre, feuilles et branches tombe sur la tête des gars et moi, sûrement un peu fatigué, je trouve ça bien drôle. Je vous confirme donc qu’il y a une petite section qui est sûrement plus propre que le nécessaire. Tout ce beau monde me rejoigne au relais et Jeff part pour la troisième longueur.

Au relais, je regarde le beau sac neuf de François que nous avons hissé et constate qu’il n’est vraiment mais vraiment plus neuf. Moi je trouve ça drôle mais pas à cause des dommages. Plutôt parce qu’il a le don de déformer le nom des personnes et lorsque nous étions en route, il me disait avoir reçu son nouveau sac comme Alex Arnold … Je le regarde alors, en retenant mon fou rire : « Ah non, ton sac Alex Arnold a plein de trous ! » François dans sa grande générosité éclate aussi à rire et me répond : « Y’a plate de problème ! » François-Guy nous a été d’une grande aide en nous guidant tout au long du parcours. Il m’a aussi fait rire, ma encouragé et supporté pendant toutes les longueurs.

Troisième longueur : Jeff grimpe vite, c’est beau en câline, quoique encore très sale, mais tout se passe à merveille. Nous avons la chance de pouvoir nous reposer un peu sur une vire dans un gouffre qui nous protège du vent.

La quatrième longueur est longue. Départ avec des mouvements délicats et engageants. Nous avons dû scinder cette longueur en deux, car c’est difficile de tout enchaîner, Jeff a fait les trois premiers quarts et j’ai ensuite complété en finissant sur une grosse racine d’arbre à moitié mort.

Last Pitch ! Une superbe fissure déversante remplie de champignons. Les pieds et les mains glissent, on force et ce n’est pas donné. La fatigue nous gagne de plus en plus. Le vent est de la partie et la communication est beaucoup plus difficile. Je me motive à l’idée qu’il est maintenant possible de réussir ce projet. Nous arrivons finalement au sommet de la portion d’escalade avec le gros sourire. Au départ, nous nous étions dit que nous allions essayer notre grand projet pour le plaisir, sans aucune attente. J’étais donc très fébrile dans la dernière section d’escalade.

Une marche à la frontale en forêt dense sur environ un kilomètre nous a permis de rejoindre le sentier. Nous arrivons à la hauteur du refuge. La finale de course fut entrecoupée de marche, car le sentier à certains endroits était assez accidenté. Retour au point de départ après environ 15h de pur bonheur, avec l’impression d’être parti pour seulement 30 minutes.

Mes passions m’aident dans la vie. Je me sens vivant quand je peux savourer la satisfaction de mes petites réussites. Il est trop facile de juger ou de critiquer derrière son écran de plastique. Nous avions un projet un peu fou, qui sort de l’ordinaire et je suis bien fier de nos accomplissements.

Merci aux agences qui me supportent et surtout à vous mes amis. Bonne réussite dans vos projets !

Avec
Jean-Francois Girard
Francois Guy Thivierge
Gabriel Lemieux

1 Comment on "Trinithon: le Cap Trinité à la nage"

  1. Belle prouesse les gars! Aucun doute que le petit chocolat chaud de madame Lise vous aura permis de tenir bon jusqu’à la fin! Où commençait la nage exactement? Espérons qu’une autre équipe motivée tentera de battre votre temps un jour!

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