Vendre son âme à l’Oncle Sam

Par Ian Bergeron

À l’automne 1990, j’avais un nouvel emploi sur une base de plein air. J’attendais avec impatience le catalogue de Mountain Equipment Coop afin de m’acheter les quelques items qui rendraient beaucoup plus confortable mon nouveau boulot. Les nouvelles versions du catalogue étaient toujours très attendues par tous les amateurs de plein-air d’un Atlantique à l’autre, comme le disait Claude Ruel. La seule boutique MEC se trouvait à Vancouver et la visiter relevait du pèlerinage. On retrouvait, dans les quelques 80 pages du catalogue, livré 2 fois par année, les produits nécessaires à la pratique de nos activités extérieures. Sans superflu, sans gadgets non-nécessaires, juste l’essentiel.

La grande différence entre MEC et les boutiques locales de l’époque comme Blacks, Altitude et La Cordée, était les prix. Comme il s’agissait d’une Coop, leur politique était de favoriser le plus bas prix possible pour une qualité optimale. Ils ont aussi été les premiers, à ma connaissance, à offrir une marque maison dont les propriétés techniques rivalisaient avec les grandes marques telles The North Face ou Patagonia.

ils sont devenus des méga-surfaces offrant de plus en plus de produits mais de moins en moins de conseils

1990 c’était avant. Avant l’Internet, avant les ventes en ligne et surtout avant le bulldozer Amazon. Éventuellement, Mountain Équipment Coop est devenue MEC et MEC a ouvert des magasins aux 4 coins du pays, parfois plusieurs dans un même marché. Ils ont aussi élargi leur gamme afin de concurrencer avec tous les joueurs déjà présents. Cette expansion tout azimut a profondément transformé l’industrie. Les petits joueurs ont fermé boutique, les gros joueurs se sont regroupés, les magasins sont devenus des méga-surfaces offrant de plus en plus de produits mais de moins en moins de conseils judicieux. Il suffit d’aller acheter du matos d’escalade pour s’en rendre compte.

Arrive la COVID. Les géants aux pieds d’argile vacillent. Au début Sail, ensuite La Cordée et maintenant MEC. On a beau blâmer la pandémie, mais les difficultés des ces grands détaillants ont commencé bien avant que le virus ne force un confinement. Déjà en 2019 on avait les premiers signes avant-coureurs que l’industrie était malade. Le confinement n’a fait qu’accélérer une restructuration qui est loin d’être terminée. D’autres boutiques vont fermer, d’autres chaines seront regroupées et, au final, c’est le marché en ligne qui triomphera.

Tout comme le catalogue Sears, celui de la Coop est disparu et tout comme Sears, la Coop est disparue. J’espère que les détaillants du Québec s’adapteront rapidement à la nouvelle réalité en ayant des sites web transactionnels complets, bien indexés qui ressortent dans les moteurs de recherche. Sinon, c’est encore Amazon qui ira chercher ce marché.

Triste ou nostalgique du départ de la Coop? Vos habitudes d’achat décideront du sort des autres joueurs locaux.

1 Comment on "Vendre son âme à l’Oncle Sam"

  1. Je vous rejoins pleinement dans cette réflexion. Par contre, je suis en colère depuis l’annonce de cette décision de privatiser à l’insu des membres, qui sont les uniques propriétaires. Les membres de MEC s’organisent pour sauver la coopérative, avec des offensives sur plusieurs fronts. Visitez http://www.sauvonsmec.ca pour en savoir plus.

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