Yannick, Peewee et Pearl Jam

L'auteur et Yannick en 2011 sur le Gros Bras | Photo: Jean-Pierre Ouellet

Pour souligner le 5e anniversaire du décès de Yannick Girard, je vais publier quelques témoignages de grimpeurs qui l’ont côtoyé. Le but étant de garde sa mémoire vivante et se rappeler comment il était agréable d’être en sa compagnie.

Par Jean-Pierre Ouellet

!!! Even flow, Thoughts arrive like butterflies, Oh he don’t know, so he chases them away…

4:00 am… Pearl Jam dans le fond… Les speakers au max… Avec Yannick, c’est comme ça qu’à peu près toutes nos missions sur le Gros Bras commençaient. En plus de partager l’escalade comme passion, nous avions une les mêmes goûts musicaux.

En décembre 2002, nous n’en étions pas à nos débuts sur le Gros Bras puisque nous avions déjà plusieurs ascensions hivernales et aussi quelques premières (dont la Face Nord et Harmonie Intérieure qui est ma voie mixte préférée). Ce matin-là nous étions à la recherche d’une aventure et après quelques minutes à regarder le mur nous décidons de tenter la voie qui plus tard s’appellera la Directe des Toits.

Avec peu de difficulté, Yannick termine la première longueur et me passe le matériel pour que je m’élance dans la deuxième. Le dièdre givrée nous semble faisable, mais le toit qui suit semble très difficile (cette longueur est 5.10 en été). J’y vais quand même… après 20 mètres j’arrive au toit… La fissure est large et mon plus gros cam est un #3 qui est déjà placée plus bas… Au début des années 2000 les piolets sans dragonne ne sont pas encore très populaires et cela rendait la grimpe mixte « intéressante » quand tu avais besoin des deux mains pour coincer dans une fissure…

Je met une bonne vis dans la glace et égalise avec un petit coinceur fixe qui dépasse de la glace. Yannick m’encourage à essayer le toit… Après quelques secondes (qui me semble comme plusieurs minutes) je décide de me lancer. Les poings coincés dans la fissure, la face dans le toit, je lâche un petit cri à chaque fois que mes crampons dérapent sur le rocher lisse et font des étincelles… Plus je dérape plus Yannick rit et m’encourage… Après 2 mètres je glisse et tombe… Nous décidons de rebrousser chemin… Quelques années plus tard je prendrai une pose de 7-8 ans d’escalade hivernale pour me concentrer sur un autre type de grimpe. Yannick lui deviendra la référence sur le Gros Bras et essentiellement grimpera à peu près tout sur cette face… En 2011, je décide de faire un retour aux sources et de réaiguiser mes piolets. Ma première grimpe mixte en 7-8 ans sera la première ascension de Métal Hurlant avec Yannick. Cette grimpe fut tellement mémorable et classique Gros Bras avec des étincelles de crampons toute la journée… en plus d’une tempête de neige qui créait des spindrift toute la journée… « full conditions » comme Yannick les aimait. Cette grimpe restera dans ma mémoire longtemps parce qu’il s’agit de la dernière fois que j’ai vu Yannick.

Yannick sur le Gros Bras en 2011 avec Peewee | Photo: Jean-Pierre Ouellet

Fast forward à 2018, la Directe des Toits à depuis été grimpé plusieurs fois, mais pas la variante de droite. La « vraie » Directe par le toit n’a toujours pas été réussi. Avec mon ami Hugo, nous décidons de nous attaquer à la « Super Directe des Toits ». 16 ans plus tard je me retrouve dans la même situation… Les poings coincés dans la fissure, la face dans le toit… les étincelles… Cette fois-ci j’ai les gros cams pour bien protéger. Scratch, scratch, étincelles, des petits cris… Je suis à la toute fin du toit dans… scratch, scratch… Je peux presque entendre Yannick rire aux éclats… Hugo m’encourage… Je suis sur le bord de tomber… Je m’exclame, “comm’on Yann laisse-moi passer!” Et bam je coince mon piolet derrière un bloc et termine la longueur sans problème. Au relais pendant que j’assure Hugo, j’ai le sourire jusqu’aux oreilles, mais je verse une petite larme. À partir de ce moment le vent se lève et une tempête commence. 30 minutes plus tard les spindrifts commencent… « full conditions » … Un petit clin d’œil de Yannick…

Tu me manque Yannick, mais on se jase la prochaine fois que je grimpe sur le Gros Bras…

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